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BISTROS A VIN
>> Des hommes, des femmes
et des vins
Joëlle Barat, vigneronne à Chablis
« Les
vignes, je suis née dedans ! »,
lance spontanément Joëlle Barat. Née à Fleÿs,
un des villages qui jouxte le célèbre Chablis,
Joëlle a grandi entourée des ceps, du chardonnay
bien sûr : « A 7 ans j’aidais
déjà mes parents à la vigne, il
fallait ramasser le bois en hiver, entre novembre et
mars c’est beaucoup de travail manuel. »
Et pourtant, devenir vigneronne n’a
pas été un choix évident : « Jeune
fille, je rêvais d’être cuisinière,
mais c’était des études qui coûtaient
cher… Les vignes n’étaient pas ma priorité. » Mais à la
différence de ses copines qui partaient à la
ville faire du secrétariat, Joëlle a toujours été très
attachée à sa campagne chablisienne. Et puis
il y a eu la rencontre avec Michel, le jeune couple s’installe à Milly
et débute avec 3 hectares. (Aujourd’hui, le
domaine Barat produit 100 000 bouteilles par an sur
20 hectares.)
C’est à cette époque que
Joëlle fait vraiment le choix de la vigne, à la
différence de son père qui cumulait les métiers
d’agriculteur et viticulteur. D’ailleurs, Joëlle
tient beaucoup à ce qu’on l’appelle « vigneronne » : « parce
que viticultrice, ça voudrait dire que je ne m’occupe
que des vignes. Or, nous avons la chance inouïe de tout
faire, depuis le champ jusqu’au client. » Si
Joëlle a reçu quelques pieds de vigne en héritage,
on peut dire qu’elle a inventé sa vie de vigneronne : « Aujourd’hui,
le Chablis redore le blason de l’Yonne, mais ça
n’a pas toujours été le cas ! On
a eu la chance de naître dans un vignoble en essor,
depuis les années 70, le Chablis a pris toute sa notoriété et
on en a été un peu responsable, on a travaillé pour
cela… », analyse Joëlle.
La différence avec le Chablis d’autrefois,
les plus vieux clients vous la diront : « le
Chablis d’aujourd’hui est plus souple, plus flatteur
avec son côté frais, friand. » Le
métier lui-même a changé : « on
est passé d’une vigne familiale à une
gestion d’entreprise : je fais tout, du travail
de la vigne jusqu’à la gestion du droit du travail
parce qu’on a 2 employés »,
explique Joëlle.
Au fait, comment vit une vigneronne au
milieu de tous ces vignerons ? « C’est
quand même un milieu macho, mais quand on est compétent ça
va. Les autres vignerons ne m’ont jamais mise à l’index
parce que je suis incollable quand on parle boulot ! » sourit
Joëlle. Et pour cause : elle est même co-présidente
de la Confédération des associations viticoles
de Bourgogne, le syndicat des vignerons indépendants.
Stéphanie Malek
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