salon des Vins de Loire – février 2009 : la tentation de la mondialisation

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La tentation de la mondialisation. «Des vins trop beaux pour être vrais…»

 

Le salon des Vins de Loire qui s’est tenu du 2 au 4 février à Angers, a encore pleinement joué son rôle de vitrine d’une région fort diversifiée, mais qui a eu la force de se fédérer pour rassembler une production très hétéroclite qui tente, bon an, mal an, de s’adapter au marché sans trop se fondre dans la mondialisation. Mais un peu tout de même.

Belle vitrine que ce salon où l’on peut suivre, tout au long du grand fleuve tranquille, l’incroyable palette d’arômes et de goûts produits sur plusieurs dizaines d’appellations et de terroirs. Quoi de commun en effet entre la côte Roannaise et les coteaux du Giennois, le Vouvray et le Muscadet, la Touraine et Sancerre, le Quincy et Saumur ? Sinon une commune bataille pour que chacun préserve l’identité de son terroir et de son cépage, fasse valoir ses droits et se positionne sur le marché des vins de terroir authentiques face à ces vins du nouveau monde qui font si peur et des tendances de consommations dont nul ne maîtrise pleinement l’orientation en ces temps de crise.
Vous avez dit authenticité ? C’est peut-être là que le bât blesse un peu.
Je n’étais pas revenu au salon des vins de Loire depuis six ou sept ans et le souvenir que j’en avais gardé s’est est trouvé un peu bousculé.
Ces vins de sève, ces vins de soif, ces vins de nulle part ailleurs que j’avais tant plaisir à découvrir, en naviguant d’un stand à l’autre, je les ai trouvés cette année… Comment dire ? Un peu trop beaux pour être vrais.

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Faits et méfaits du sucre
La dégustation des Liger, les vins médaillés du salon m’a en effet laissé une drôle d’impression. Les vins présentés, pour la plupart des 2007 et 2008, se caractérisent pratiquement tous, par un excès de sucrosité pour les blancs et par une forte présence boisée, tant sur les blancs que sur les rouges.
Bon, on trouvera peut-être des exceptions. Mais enfin, des Quincy ou des Sancerres avec 7 à 8 grammes de sucre résiduel, est-ce bien raisonnable ? Faut-il, pour trouver qu’un vin soit bon, qu’on ait systématiquement la langue empesée de sucre ?
Le sucre, c’est bien connu, est un exhausteur de goût. C’est pour cela qu’il y en a dans les hamburger. Le bois aussi, bien qu’il n’y en ait pas dans les hamburger. Mais de l’exhausteur de goût au cache misère, il y a parfois un pas que certains vignerons n’hésitent pas à franchir, surtout quand le sucre permet, en plus de relever le degré.
Car il ne faut se faire aucune illusion. Tant que l’on ne verra pas inscrit sur les étiquettes « vin non chaptalisé » comme ont osé le faire une toute petite poignée de vignerons courageux, on ne pourra qu’en déduire que la betterave demeure pour l’immense majorité des producteurs, la meilleure alliée de la vigne.

Elevage ou mise au tombeau ?
Même constat pour le boisage. Pourquoi faut-il systématiquement que l’ébénisterie -quand il ne s’agit pas de vulgaire menuiserie – vienne au secours de vins, plutôt bons, mais dont on se plaît à tuer la qualité naturelle comme si l’accent du terroir était une tare qu’il fallait à tout prix masquer.

 me suis-je dit en goûtant certains chinons ou vouvrays dont l’élevage confine parfois à la mise au tombeau.
Cette tendance à vouloir à tout prix ressembler à ce qu’on n’est pas, à sucrer ou à boiser plus haut que le cul de sa bouteille n’est certes pas propre aux vins de Loire. On la retrouve à peu près partout. Est-ce une raison pour s’y complaire ?
Où sont donc passés les muscadets qui faisaient l’amour aux huîtres, les sancerres dont la pierre à fusil vous allumait la bouche, les chinons giboyeux, les aubances dont le volatil vous donnait des ailes, les pineau d’Aunis poivrés à vous faire éternuer, les layons mi-iode mi-raison qui vous faisaient si bien parler d’un goût dont on n’a jamais su vraiment se souvenir…
Réflexions d’un vieux con qui aimait le vin ? Et pourquoi pas ?

Jean-Moïse Braitberg

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