VIN
>> Vins français, quelle modernisation ? - mai 2008
(suite)

A voir le succès des vins de Mondavi, on ne pourra nier qu’il n’ait été à l’écoute du consommateur. Et le plan de modernisation de la viticulture française tant attendu s’inspire de quelques recettes “mondaviennes” -même si peu osent le reconnaître- . Il en va ainsi lorsqu’elle insiste sur les efforts de promotion et de com, la mise sur pieds de marques visibles, le regroupement des outils de vinification ou qu’elle rend possible les vins de cépages sans origine régionale, et l’allégement des contraintes. Le but : conjurer la crise viticole qui frappe le Languedoc.

Mondavi a eu beau symboliser le vilain capitaliste du vin, il n’est pour rien dans les errements du système français d'appellation. Un système illisible avec ses 440 AOC aux agréments et à la qualité improbable. Qui n’a jamais eu mal à la tête même après deux ou trois verres d’une belle bouteille d’AOC soufrée à l’excès pour faire oublier un mauvais travail dans les vignes ou les chais ? Nombre d’experts estiment qu’un tiers du volume AOC ne serait pas digne de leurs appellations.
L’AOC, c’était le haut du panier, on pouvait penser qu’il était rare. Or, on n’a cessé de les faire “pisser”. Le volume est passé 15 millions à 25 millions d'hl entre 1974 et 2005 au fur et à mesure des extensions des aires d'appellation et des augmentations de rendements admis. D’une moyenne de 53 hl à l’hectare en 1995 on est passé à 56 en 2006, (source Que Choisir en septembre 2007).

Pire sur le plan de la typicité, à part les grands crus, beaucoup dénonce une standardisation insidieuse des vins français. Pour la contourner, bien des vignerons individualistes, travaillant parfois en biodynamie, passeraient en vin de pays, façon de s’affranchir du carcan des AOC. D’autres qui se sont vus refuser l’agrément AOC en ont fait un argument de vente. Exemple le vin baptisé "Zéro Pointé" de Philippe Gourdon dans la Loire.

Outre ces individualistes fous de leurs vins, l’étiquette de vin de pays autrefois utilisée par les coopératives abrite aussi des négociants aux stratégies diamétralement opposées qui travaillent la marque et la régularité du produit. Reste à savoir comment tout cela s'organisera avec la nouvelle segmentation ?


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Lire aussi les interviews d' Aimé Guibert, fondateur du Daumas-Gassac et de
Sergio Calderon, sommelier argentin au restaurant trois étoiles Michelin de Michel Bras sur le bilan de Mondavi.




Deux visions opposées

L'Avis d'un négociant : Laurent Bonfils, pdg du groupe Morel-Vedeau

« Le système des AOC actuel est trop contraignant. Quelle différence finalement entre une AOC et un vin de pays, il y a toujours l’origine. 50 Hl/ha c’est trop peu pour avoir une rentabilité acceptable. Voilà pourquoi, on se tourne vers les vins de pays. On traite nos domaines comme des marques. On investit sur l’image et la qualité du produit. La régularité du produit, année après année, est un élément essentiel, tout comme le fait qu’on ne peut pas se permettre de faire du yoyo avec les prix chaque année.» explique Laurent Bonfils, PDG de la maison de négoce Morel-Vedeau dans le Languedoc qui produit 4 millions de bouteilles en vins de Pays contre un million en AOC et exporte 60% de se production.

 

L'avis d'Olivier Jullien un vigneron en biodynamie dans l'Hérault

«Même si personne ne tire les ficelles, il y a une volonté politique de tuer les petits. Parfois, cela vient des gros metteurs en marché qui peuvent vouloir en finir avec leurs voisins.
Pour ce faire, on impose aux petits des normes technologiques difficiles à suivre, cela peut passer par le syndicat d'appellation.
On avait le choix entre un modèle de viticulture familiale mais on a fait une viticulture de spécialistes et de grands domaines. Maintenant face à la réforme actuelle, si les gens sont de bonne volonté, on pourra faire des choses bien. »
Olivier Jullien du Mas Jullien qui travaille en biodynamie à Jonquières et exporte une bonne partie de ses bouteilles.