Les vins de Robert Plageoles

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Robert Plageoles, le vin retrouvé

Il fait du vin comme il fait du vélo. Assis sur le guidon avançant en regardant en arrière, ainsi qu’il l’apprend à son petit-fils. Ce gamin pétillant de 73 ans a conservé intactes ses aptitudes d’équilibriste. «Le jour où vous vous prenez au sérieux et qu’on vous prend comme tel, vous êtes mort...» explique Robert Plageoles. Trois heures avec lui, c’est voir un grand film…

Cet homme est un paradoxe vivant. A l’heure où les “modernes“ à la vision mondialisée défendent les vins de cépages, avec leur zéro-défaut et leur goût formaté comme du pepsi, Robert Plageoles n’a eu de cesse de ressusciter des cépages oubliés en expérimentant le savoir des anciens. Les bases étaient là. Son vignoble de Gaillac remonte aux Romains. Et son père lui a transmis le secret de la fermentation naturelle et deux rangées plantées d’Ondenc, un cépage capable de donner des vins liquoreux de haut niveau.

Ainsi la quinzaine de vins signés Plageoles père et fils sont sans assemblage ou alors issus d’un même cépage planté sur des terroirs différents. C’est la façon des Plageoles de respecter la sincérité de la terre. Des vins qui comme son Vin d’Autan peuvent faire rougir bien des sauternes. Evidemment, pas question de phyto ou de levures exogènes, ses vignes sont conduites dans le respect de la nature. «Il ne faut leur donner que le strict nécessaire pour qu’elles ne soient pas malades.»

Les universitaires peuvent le toiser. Mais cet ampélographe est un érudit qui s’appuie sur la terre que lui a laissée son père. Mais aussi sur les 3000 ouvrages de sa bibliothèque qui recèle des auteurs des siècles passés ayant écrit sur tel ou tel aspect de la vigne ou de l’agriculture. Tout ce qu’il avance, Robert Plageoles l’a appliqué et expérimenté en vigneron. Malheur à celui qui soutient lors d’un colloque qu’il n’existe plus de vigne sauvage. Avec sa faconde, Robert Plageoles se chargera de le “carboniser” devant l’assemblée en lui parlant des vignes sauvages de sa forêt voisine de la Grésigne… Ainsi connaît-il également les sources et les méandres de la transmission du savoir monastique qui ont permis à Dom Pérignon de trouver la recette du champagne… Il sait aussi pourquoi le verdanel -que l’Onivins refuse de reconnaître- s’appelle aussi un “vin de feu”. Il résiste aux températures les plus chaudes et fut très sollicité au XVI ème siècle qui fut très chaud.

«L’Homme est infatué qui pense que la science va le sauver…»

De fait, Robert Plageoles est une sorte d’ambassadeur non accrédité de son Gaillac, cette appellation difficile parfois à identifier tant elle compte de cépages autorisés. Car avec ses coups de gueules, il ne s’y est pas fait que des amis…Cet ancien syndicaliste agricole qui s’est colleté bien des débats n’a pas sa langue dans sa poche quand il parle de l’agriculture. « Ca me rend fou de rage de voir que tous mes copains qui ont suivi les formations agricoles attendent qu’on leur dise ce qu’il faut faire….Comment la FNSEA peut soutenir les OGM ? En se laissant intégrer dans le système, ils se sont désintégrés. Le syndicalisme agricole est nul, leurs idées sont formatées, on leur fait avaler n’importe quoi. »

Pour ce lecteur des Quatre Ages de l’Humanité de Georgel, une autre humanité apparaîtra vers 2025…«On va vers une exagération de l’homme face à une nature qu’il cherche à maîtriser mais qu’il ne maîtrisera pas. L’Homme qui pense que la science va le sauver est un infatué. Heureusement qu’il reste les copains, et la belle vie.»

 

Voir aussi l’appellation Gaillac

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