BISTROS A VIN
>> Des hommes, des femmes et des vins


Avec son Mas Amiel, Olivier Decelle ne craint pas la crise (juin 2009)

 

A première vue, il ressemble à ces patrons qui se proclament viticulteurs après s’être offert une vigne avec leurs stocks-options... En 1999, Olivier Decelle, PDG de Picard Surgelés rachète le Mas Amiel, un domaine de 155 ha réputé pour ses vins doux naturels, situé à 30 Km de Perpignan. Durant un an, il va jongler entre sa responsabilité de PDG et sa nouvelle activité de vigneron. Puis il décide de laisser tout tomber pour cette dernière. «A un moment,  j’en ai eu assez des conseils d'administration et des financiers, je voulais revenir au produit. Le Mas Amiel m’a permis cette rupture avec le monde de l’argent. Au départ, je suis passé pour un indien de tous les côtés, dans mon milieu comme chez les vignerons de Maury qui m’ont vu débarquer.» Dix millésimes plus tard, et trois autres domaines bordelais acquis, on sent l’homme à l’aise. Même la crise semble le servir en faisant disparaître les “buveurs d’étiquette” au profit de consommateurs animés uniquement par la recherche du meilleur rapport qualité/prix. (lire ci-contre)

La success story d’Olivier Decelle dans le vin ne ressemble pas à une rivière tranquille. Il a l’honnêteté de reconnaître les sorties de routes en prenant toute sa part de responsabilité. Ainsi de sa volonté de faire passer en biodynamie le Mas Amiel au début des années 2000. Une décision qui aurait pu se révéler fatale. « Ca a été notre plus grosse erreur car il s’agissait de vignes désherbées depuis 40 ans sans racines profondes. Avec la canicule de 2003 et la sécheresse de 2004, le vignoble a failli mourir» raconte l’œnologue de Mas Amiel, Nicolas Raffy. Exit la biodynamie pour une démarche plus pragmatique avec plantation de jeunes ceps (10 ha/an) et le recours le plus souvent possible à des produits utilisables en bio et du compost organiques. Presque 100% des vignes sont labourées , «mais dans les cas les plus difficiles on ne s’interdit pas d’utiliser du désherbant» poursuit l’œnologue.
Aujourd’hui, le Mas Amiel, est un repaire reconnu pour ses Vins Doux Naturels de Maury dont le grenache noir se prête parfaitement au mutage. Pour renouveler la clientèle vieillissante de ses vins doux naturels, Olivier Decelle a eu l’idée de les associer à l’univers du chocolat, le meilleur mariage qui soit. Avec son équipe, ils n’ont eu de cesse de convaincre le monde de la pâtisserie de la pertinence de cette alliance. Avec succès.
Mais à la stupeur des locaux, Olivier Decelle a entrepris également de planter de grands vins secs, baptisés Carrerades, Notre Terre et Plaisir. Des côtes du Roussillon village, parfois exubérants mais toujours veloutés.

Son capital d’expérience acquis avec Mas Amiel -qui est rentable depuis 2006 selon lui- a permis à Olivier Decelle de limiter les bourdes sur ses reprises ultérieures. En 2004, il rachète à Saint-Emilion le Château Jean Faure, un domaine de 18 ha situé à 100 mètres du Château Cheval Blanc. Depuis, 2006, il n’a eu de cesse de le restructurer. Il a confié la vinification à Stéphane Derenoncourt. «Bien évidemment j’ai suivi à Saint-Emilion, les mêmes lignes de conduites qu’au Mas Amiel. » En clair : sauvegarder la vie des sols et assurer une viticulture soignée qui soit le reflet de l’appellation. «Mais les problématiques des deux domaines sont diamétralement opposées. Dans le premier cas, on manque d’eau, dans le second, on en a trop. A Jean Faure, il y a le mildiou.»
Depuis 2007, Olivier Decelle fait lui-même ses vinifications. Pas question d’arrêter. «La vinification, c’est un problème de courage, il ne faut pas beaucoup dormir ou craindre d’avoir mal aux genoux, j’apprends à mes jeunes à arroser à la main, à ne pas brutaliser le raisin, à piger plutôt que fouler.»
Fin 2007, Olivier Decelle récidive avec un cru bourgeois médocain de 22 ha, le Château Haut-Maurac qui produit des vins austères. «On s’est trompé sur Maurac, on n’a pas investi assez vite. On va devoir arracher un tiers du vignoble...» La vigne est un éternel recommencement.

 



 



   
 
 


La crise le sert car elle fait disparaître les "buveurs d’étiquettes".

«J’aimais travailler les produits alimentaires quand je développais la gamme des surgelés Picard et je savais comment capter l'intérêt du client en mettant en œuvre le meilleur rapport qualité-prix. Dans le vin, longtemps j’ai eu du mal sur ce point. Or la période actuelle fait disparaître les buveurs d’étiquette. Les amateurs sont à la recherche du meilleur rapport qualité prix. Sur ce point, on n'est pas mauvais.»

«Je me suis bâti une image sur Mas Amiel. Cela m’a permis de faire découvrir mes autres vignobles aux clients.» Tout en contestant la notion de marque, Olivier Decelle communique désormais sur un logo et un nom Les Vignes Olivier Decelle... «Il faut savoir vendre le vin à l’étranger. Ma grande force, c’est d’être multi appellations.» L'homme sait y faire pour vendre ses vins avec une bouteille sur 5 du Mas Amiel vendue à l'étranger. D’autant plus notable à une période où l’exportation des vins devrait baisser de 20%.