Michel Kueny, l’homme qui murmure aux vins … alsaciens

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Ce n’est pas par hasard si Michel Kueny a été nommé en 2008 Grand Maître de la prestigieuse Confrérie Saint Etienne d’Alsace. Il fait partie de ceux qui incarnent le virage vers la qualité du vin Alsacien ces trente dernières années. En 45 ans, il a contribué à faire de la Cave de Pfaffenheim dont il est le directeur technique une des meilleures coopératives de France et la cave la plus médaillée d’Alsace. Avec une idée force : respecter le raisin notamment en le travaillant en grappe entière et en recherchant toujours davantage de finesse.

Dès 1967, il fait revêtir de verre les cuves de béton de la cave afin qu’elles soient le plus neutres possible. Mais c’est surtout sur le travail du raisin qu’il fait passer ses idées dans les faits. « Je n’en pouvais plus de voir les gens pilonner les raisins.» Leur faire le moins de mal possible en limitant au maximum les manipulations jusqu’au pressoir. Voilà ce qu’il cherche. En 2002, la Cave lui confie la supervision de la mise en place d’un « vendangeoir » prototype conforme à ses conceptions. Pari risqué puisque l’investissement s’élève à 4 millions d’€. Mais pari réussi et depuis copié…(Lire le reportage sur la Cave)

Fidèle à sa conviction, Michel Kueny, qui ne croit pas au bio mais au raisonné, est opposé aux machines à vendanger. Ainsi les coopérateurs de la “Pfaff ” vendangent tous à la main. Ils reçoivent des primes de cueillettes manuelles en conséquence.

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Evidemment, la qualité du raisin va de pair à ses yeux avec une baisse des rendements. Jeune embauché à la cave, il poussait déjà des coups de gueule contre les pratiques d’alors lançant aux coopérateurs : «Vous ne pensez pas qu’on va continuer comme ça longtemps ! ». Façon de les exhorter à réduire les rendements.

Aujourd’hui, les vendanges vertes et l’enherbement ne suffisent pas. Sur les parcelles de pinot, durant le mois de juillet, il fait couper les grappes en deux afin de limiter les risques de pourriture. De même, pour le muscat, il a fait tomber le rendement à 50 hl/ha au lieu des 90 hl par hectare. Mais les coopérateurs l’acceptent car ils reçoivent les mêmes revenus. Des méthodes identiques ont été appliquées dès 1999 chez Dopff & Irion, repris deux ans plus tôt par la Cave de Pfaffenheim. «Nous leur avons garanti 75% de plus que les prix de base à condition qu’ils s’engagent sur une charte.»

Présent sur tous les fronts, Michel Kueny est le genre d’homme à s’éclipser un soir de réveillon de Noël pour s’assurer que la fermentation d’une vendange de grains nobles se déroule correctement. Entre les rangées de cuves où les vins fermentent, il dialogue avec ses vins. «Les vins qui fermentent, c’est beau comme une symphonie.» assure-t-il.

Cette démarche donne des vins grandioses. Impossible de les citer tous puisque la cave développe une cinquantaine de produits. Mais on se met à genoux devant ce Riesling vendange tardive. Ou ce « Black Tie », assemblage de riesling et de pinot gris, qui marie le minéral et le fruit avec harmonie et dont Michel Kueny ne veut surtout pas qu’il devienne un vin de grande série fabriqué à 200 000 bouteilles.

Comme d’autres vignerons alsaciens, Michel Kueny nourrit quelques craintes quant au renouvellement des générations de vignerons. Mais ce Grand Maître, est aussi un grand optimiste. «On le redoutait déjà dans les années soixante-dix, alors…»

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