Denys Armand, poète du vin du côté d’Uzès

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Le Mas d’Espanet, c’est l’histoire d’un vigneron qui n’en fait qu’à sa tête. Denys Armand  est une espèce de poète du vin qui conçoit des assemblages de sauvignon, grenache et viognier aussi imagés et percutants qu’un poème de Villon. Cette forte tête n’a pourtant rien d’un bourru.
Installé depuis 1980 dans son Mas d’Espanet non loin d’Uzès, entouré de garrigues, Denys Armand a quitté sa coopérative en 1999 après une grosse fâcherie. Sa quête d’un vin plus qualitatif ne rencontrait aucun écho auprès du président.
masespanet3Après ses 15 ans obligatoires de coopérateur, il a donc claqué la porte. Il préfère être classé Vin de Pays d’Oc et être maître de son destin.
«Là où je suis, il fait aussi froid que les Côtes du Rhône septentrionales, il faut être présent sur le terrain, ne jamais perdre pied. Par exemple bien caler son opération d’ébourgeonnage en avril lorsque la plante se met à prendre 7 cm/jour.» Et il faut le voir arpenter sa vigne l’œil, aux aguets. «J’arrive à repérer un coup de mildiou à 100 m.»

Denys Armand n’est pas un fana de la vendange verte, celle qui consiste à couper les grappes en juillet afin de laisser les autres s’épanouir jusqu’en septembre. En revanche, il laisse la terre s’exprimer dans toute sa richesse. Toutes les deux rangées, il laisse l’euphorbe, la luzerne sauvage et des dizaines d’autres herbes s’épanouir car c’est la diversité qui fait vivre les sols et donne aux vins ses arômes.
Cet apôtre du goût devrait abandonner en 2006 tout traitement chimique. Tout comme il bannira toute levure chimique même s’il lui faudra attendre avec le plus grand espoir que s’opère naturellement la fermentation maléolactique.

 masespanet2Au Mas d’Espanet, l’homme a pris soin d’élever une palette de cépages plantés, grenache, cinsault, vieux carignan, sauvignon, grenache blanc, picpoul. Il y a ceux qu’il réserve aux grandes occasions et aux grandes adresses, telle sa cuvée Camille, 50% sauvignon, 50% grenache blanc, et 24 mois en fut de chêne et six mois d’assemblage en cuve. A l’arrivée une merveille digne des plus grand chardonnay long en bouche avec des arômes de fruits secs et de pain d’épices. A garder. Pour tous les jours, on craque sur “l’éolienne“, (grenache blanc 40 %, sauvignon 30 % viognier 30 %) et huit mois en futs de chêne, une merveille qui fera parler au comptoir…

Denys Armand ne se résigne pas à la crise de la viticulture. «Il faut réapprendre aux jeunes à boire du vin. C’est un apprentissage avec des étapes. Cela passe par un commencement avec des vins fruités, non tanniques, c’est à partir de là que l’on pourra leur faire découvrir la complexité d’autres vins . Ce n’est que comme ça que l’on s’en sortira.

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