Mas Amiel, terroir rare

0

Sans les pylônes EDF on se sentirait presque au bout du monde. Soleil aussi ardent qu’aveuglant, relief acéré, forteresse cathare, parcelles de vignes à perte de vue qui remontent sur les flancs des montagnes, le panorama évoquerait presque la Création. Ce « Mas Amiel » dans le val d’Agly au nord-ouest de Perpignan sort de l’ordinaire. Et l’on se dit qu’il doit en aller de même de ses vins.

mas_amiel_paysage2

Quand il a repris ce domaine en 1999, Olivier Decelle connu pour avoir fait fortune en famille avec Picard surgelés, a dû croire qu’il avait trouvé sa terre promise. Quinze ans plus tard, cette terre l’a forcé à éprouver sa ténacité et à temporiser par exemple quand il a songé à faire passer tout son domaine en biodynamie. En fait, il n’a cessé de replanter, au moins 40 ha sur 155. Alors ses jeunes vignes, il les bichonne. Il a confié comme mission à Jean-Marie Piqué, le chef de culture catalan, de les conduire à s’ancrer dans le sol le plus profondément possible.

mas_amiel_pique

Car c’est leur seule chance de survie dans ce terroir qui ne ressemble à aucun autre. Après une mince couche de 60 cm de terre, les racines doivent se frayer un passage entre les couches de schistes pour trouver l’eau. Car en Val d’Agly, le ciel est aussi parcimonieux que capricieux. Des trombes déboulent sans prévenir comme le 5 mars 2013, 230 mm en 4 heures. Exceptés la syrah, montée sur échalas, et le muscat en cordon de royat, la taille gobelet s’impose partout. Elle seule offre ce profil râblé aux pieds de grenache qui leur permet de résister aux éléments. Du coup, tout est vendangé à la main à des petits rendements autour de 20 hl/ha parfois 15 comme en 2012. Très loin des 150 hl/ha dans d’autres coins du Languedoc. Ici le grenache noir (50% du vignoble) est roi, suivi par le carignan, la syrah mais aussi le mourvèdre ou le cépage catalan lladoner pelut. Et nombre de parcelles sont désormais labourées au cheval.

Alors oui, l’ancrage des ceps dans ces conditions est fondamental et malgré tout, chaque année la perte varie de 10 à 20%. «Ici, la tramontane courbe les pieds vers le sud-est» observe Jean-Marie Piqué qui passe son temps à rechercher le meilleur compromis entre la charge en bois et la capacité du pied a résister au stress hydrique.

1 2
Partager sur :

Les commentaires sont fermés.