Franck Bessone, vigneron laboureur à Chénas

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bessoneLes Trente Glorieuses ont vu s’abattre des moussons de désherbants sur les ceps français. Avec le retour au respect de la terre, les façons de faire changent y compris en beaujolais longtemps réputé pour faire “pisser” ses pieds de gamay à outrance. Ici comme ailleurs, certains vignerons reviennent aux méthodes ancestrales comme le labour. Exemple, Franck Bessone producteur de chénas qui laboure certaines parcelles afin de ne plus recourir aux désherbants. « De toute façon, un jour, on n’aura plus le choix.» Concrètement cinq ou six labours par an, ce sont des dizaines d’heures supplémentaires passées dans les vignes sans aucun retour financier direct à court terme.

D’autant que selon Franck, le vignoble du beaujolais n’est pas le plus adapté à l’agriculture raisonnée en tout cas si l’on veut faire rimer productivité et qualité. «Du fait de leurs tailles gobelet, nos pieds de gamay ne sont parfois qu’à 10 cm du sol, il n’est pas simple de désherber au tracteur dans ces conditions. Et si l’on se trouve sur des coteaux, il devient carrément impossible d’utiliser un tracteur enjambeur. » Certains recourent alors au cheval comme les ancêtres. Méthode respectueuse, mais onéreuse car longue puisque supposant un minimum de cinq passages par an. Dans un monde du vin ultra concurrentiel où les crus du beaujolais ne sont pas forcément bien positionnés en termes d’images de prix, il faut un certain courage et un véritable engagement vers la nature.

Tout cela explique qu’on commence à déceler ici et là en Beaujolais des tailles plus hautes à 40 ou 50 cm du sol. C’est souvent le fait de grands domaines qui anticipent le recours à une mécanisation plus importante et notamment le labour. « Modifier en profondeur la taille afin de permettre aux enjambeurs de passer plus facilement entraînera de facto une modification du vin. A commencer par la vendange qui sera plus tardive» précise Franck Bessone. L’écologie fera-t-elle changer le goût des beaujolais ?

Carte d’identité Chénas
Difficile de se faire connaître quand on est le moins étendu des crus du beaujolais. Ses 280 hectares font de lui le plus petit vignoble du beaujolais mais…le meilleur en qualité pour nombre d’observateurs. Une soixantaine de vignerons l’exploitent. Ses sols granitiques permettent notamment d’envisager -contrairement à d’autres crus du beaujolais- des gardes allant jusqu’à dix ans et un côté épicé et soyeux. En savoir plus sur le Chénas.

Chénas la Croix-Barraud, un des meilleurs rapports qualité-prix de l’Hexagone

bessone_2Il n’a beau avoir qu’1,5 ha planté en chénas pour 10,5 ha en moulin à vent, Franck Bessone se bat plus pour le premier si méconnu dans le grand public. Son chénas de la Croix Barraud, il le travaille avec des vieilles vignes âgées parfois de plus 80 ans. Ce viticulteur de 4e génération tente de s’échapper de l’image du beaujolais nouveau. «Je n’inscris même plus beaujolais sur mes bouteilles et quand on me demande d’où je suis , je réponds, « du sud de la Bourgogne »» explique-t-il.
Si Franck Bessone croit à son chénas, c’est que celui-ci peut se garder jusqu’à 10 ans en passant d’un côté rond et franc à un goût épicé et soyeux procuré par ses tannins. Selon lui, c’est l’un des meilleurs rapports qualité prix de l’Hexagone (5,90€ la cuvée tradition, et 7,20€ la vieille vigne). Certains bistros parisiens le présentent sur leurs zincs.

Franck Bessone
Chénas Domaine de la Croix Barraud
5,90€ la cuvée tradition
7,20 € prix départ cave, la cuvée Vieilles Vignes

Où le boire à Paris ? Aux Vieilles Vignes (Paris 7) – Le Mesturet (Paris 2)

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