L’intégration croissante des réseaux de cavistes, risque d’uniformisation du vin ?

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Ceux qui parmi les restaurateurs, abusent des sextuples culbutes sur les bouteilles, devraient y voir un avertissement. Les Français, s’ils  consomment moins de vin au restaurant, reprennent le chemin des cavistes. Ainsi ces derniers ont augmenté leur chiffre d’affaires de 9 % en moyenne en 2010, selon une étude publiée en avril par l’Observatoire de la petite entreprise.

La Maison Richard a donc eu le nez creux. Le premier distributeur de vins pour le CHR en Ile-de-France a racheté en mars le second réseau de France de cavistes indépendants Inter Caves. Un réseau de 160 points de vente -la plupart en franchise- principalement établis en province. Ce qui ne contrariera donc pas les clients professionnels parisiens et franciliens. Richard avait déjà commencé à s’ouvrir au marché des particuliers en ouvrant à l’été 2008 l’Annexe dans le 7ème arrondissement.

Cavejgo

Corinne Richard

Corinne Richard

Cette reprise d’Inter Caves par la Maison Richard n’est pas sans rappeler le développement par le distributeur de boissons C10 de son réseau de cavistes « Comptoirs des Vignes » (100 magasins dans toute la France sous enseigne  ou sous enseigne locale). Et de fait, face à ces réseaux intégrés, les cavistes indépendants ne représenteraient plus que 40%. Alors comme les libraires indépendants, le petit caviste indépendant est-il condamné ?

«Ce qui se passe n’est pas bon, ni pour le consommateur, ni pour le vigneron» assure Laurent Fortin, directeur de la coopérative Plaimont dans le Gers. «Car ces réseaux intégrés de cavistes ont la même logique que la grande distribution : faire du volume pour baisser les prix.» Pas question non plus de « plomber » la gestion avec un trop grand nombre de références. «L’heure est donc à la simplification et il y a un sérieux risque de nivellement par le bas» poursuit Laurent Fortin. Nombreux sont ceux qui redoutent que les gros acteurs –type Castel ou Advini- trouvent là des nouveaux débouchés pour des vins standardisés et faciles à boire. Pas sûr en revanche que des vins de paysans du sud-ouest, type madiran ou marcillac ou des vins d’auteurs languedociens puissent trouver dans ces réseaux des vendeurs professionnels capables d’expliquer leur personnalité à des consommateurs curieux.

Alors faut-il pleurer sur un monde disparu ? Pas forcément. «La même chose s’est produite aux USA voilà quatre ans. Quand des réseaux de plus en plus structurés se sont mis à distribuer uniquement des vins standardisés type Gallo, les consommateurs s’en sont détournés et sont repartis à la recherche d’indépendants » explique Laurent Fortin qui a longtemps travaillé outre-atlantique.
D’ailleurs ce besoin d’aller puiser en direct chez le producteur pour ne pas avoir la même carte que le voisin anime encore de nombreux patrons de bistrots. Même si les réseaux d’entrepositaires type France Boissons ont beau jeu de jouer la carte de la facilité -une seule facture – et des nombreux « avantages », (caution, devantures, verres, etc..) pour distribuer leurs vins.

C’est peut-être aussi la raison pour laquelle Corinne Richard-Saier (ci-dessus), nouvelle présidente d’Inter Caves, a bien pris soin de préciser que les références continueraient d’être différentes entre les boutiques Inter Caves et les cartes des vins proposées aux CHR. Façon de ne pas mécontenter des restaurateurs qui ne veulent pas servir les vins de M. Tout Le Monde…

Prochaine étape : les cuvées Richard ?
Maison Richard livre 15 000 établissements sur l’Ile-de-France pour 33 millions de bouteilles acheminées chaque année. Classée 269 ème fortune de France par le mensuel Challenges avec une fortune estimée à 120 millions d’euros, la famille éponyme a acquis des vignobles dès les années soixante d’abord dans le Bordelais avant de s’orienter vers le Beaujolais avec le château de Corcelles et la vallée du Rhône avec le rachat à Châteauneuf du Pape du Château la Nerthe.
Aujourd’hui, les Domaines Richard représentent plus de 600 ha de vignobles dont la production est écoulée par le réseau de distribution. La reprise d’Inter Caves devrait sans doute permettre de trouver de nouveaux débouchés à des futurs nouveaux domaines financés par le trésor de guerre richard… Peut-être verra-t-on aussi apparaître des cuvées richard ?

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