Patrick et Nathalie Aurejac viticulteurs bio de Marcillac

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Voilà une belle histoire d’un couple de viticulteurs qui ont construit leur destin sur ce satané relief aveyronnais ! Qu’ils plantent des jeunes pieds de fer servadou -le cépage identitaire du marcillac- ou qu’ils vendangent en vert, les mollets et les reins de Patrick et Nathalie Auréjac ont appris à maîtriser le sens de la pente… Ils travaillent des parcelles plantées pour la plupart en terrasses au-dessus de Marcillac et de Saint Christophe à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Rodez. De la quarantaine de vignerons de leur coopérative, ce sont les seuls à franchir aujourd’hui le pas du bio.

Patrick est le fils d’un agriculteur du cru dont les vignes furent mises à bas par le grand gel de 1956. Le père ne conserva qu’un hectare de vigne et se consacra pour le reste à l’élevage. Le fils a repris l’exploitation en 1985. Mais il a délaissé peu à peu les bovins pour les raisins jusqu’à ne plus faire que du vin en 2000. A force de travail, son épouse et lui a réussi à se constituer un domaine de 15 ha, des parcelles plantées uniquement de mansois (autre nom du fer servadou), exposées sud-ouest et dominant les jolis villages aveyronnais Saint-Christophe et de Marcillac. Le travail en terrasses qui permet la mécanisation a permis de planter. Mais cela réduit aussi la surface utile comme la densité de pieds soit 2500 pieds par hectare contre 4000 autorisés.

En octobre 2009, ils ont replanté des pieds dans le sens de la pente. Pour conjurer le ravinement, ils enherbent. Les Auréjac sont les seuls vignerons de la coopérative à avoir entamé une conversion en bio qui devrait se concrétiser en 2012. Ils avaient déjà pris le pli du raisonné qui leur avait fait économiser 50% en coût des traitements. Il ont la foi du charbonnier car le passage en bio leur coûte cher, notamment pour les engrais et oblige à être sur le terrain encore plus souvent. Il implique aussi de devoir réfléchir par exemple à la mécanisation du travail sous le pied qui n’est pas évidente, surtout à l’extérieur des terrasses. Heureusement pour eux le vignoble de Marcillac, plutôt implanté au milieu des bois, n’est pas soumis au voisinage de cultures conventionnelles. Du coup, les vignerons peuvent profiter du travail d’auxiliaires de la vigne comme les typhlodromes qui s’attaquent aux acariens nuisibles.

«Notre cépage c’est le mansois, il peut s’épanouir différemment selon les terroirs. Mon problème est que je suis Aveyronnais… et j’aime le marcillac pour son côté fruité. Sur ce point, il faut faire attention à ne pas perdre notre identité. » Bref, les assemblages et le côté épicé complexe avec les notes boisées, ce n’est pas son truc. Cela explique pourquoi ses parcelles du domaine de Cantagrel bénéficient d’une vinification à part à la coopérative. Ainsi son domaine de Cantagrel est à son image. Un pur marcillac à la fois charpenté et fruité comme un vin de paysan au sens noble du terme, un vin aussi frais qu’aromatique.
Pour le reste, la question de la valorisation de ses raisins bio se pose. Pourquoi autant de travail, si ses raisins se retrouvent après les vendanges assemblés avec ceux des autres vignerons en conventionnel. «Ca ne me gêne pas de mélanger mes raisins avec ceux des autres. Car tous ont fait des efforts et l’ensemble de la production est devenu plus homogène» assure Patrick Auréjac. Grâce à des rencontres régulières avec un ingénieur agronome, les autres vignerons de la coopérative semblent avoir pris le chemin de la qualité et du raisonné, assure-t-on sur place. Soit.

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