Les Editos Bachiques de Jean Lapoujade, scribe de Tradition du Vin

0

Foire ovins

Dénigré tout au long de l’année comme un poison routier du même tonneau que les apéros de tout poil ou cigarettes végétariennes, vilipendé pour ses connotations vieillottes, ses producteurs bougons et ses crus aléatoires, le vin retrouve en septembre (cep tendre) une notabilité attrayante. Miracle oenophile téléguidé par la « vinalité » de certains marchands qui s’unissent pour gagner quelques sous sur son goulot.


Dans les grandes enseignes qui vampirisent la distribution de notre alimentation aseptisée, les foires aux vins pullulent comme le phylloxéra. Rien n’est trop beau pour séduire le Ben-Hur du caddy à la belle hure frétillante et aux papilles en friche. Il se voit proposé pléthore d’appellations rutilantes, parées de vertus venderesses à la fois châtelaines, gouleyantes, odoriférantes, rhéologiques, thérapeutiques et surtout tarifaires. Et, pour s’orienter à travers tous ces coups de cœur corporatistes qui palpitent sur catalogue, inutile de déranger votre cardiologue : il suffit d’acheter l’un des multiple et hasardeux guides œnologiques qui, par une coïncidence à défriser un bouchon, refleurissent dans les rayons de nos librairies, à chaque rentrée littéraire, et prétendent convertir nos palais aux vertus de tels ou tels nectar de cep souvent issu de la besace hasardeuse d’un négociant.


« Pourquoi bouder cette embellie saisonnière d’un monde viticole qui affronte en parallèle une deuxième année de vendanges catastrophiques ? » M’assèneront les candides du canon incertain. Parce qu’elle ne profite pas à tous ces petits viticulteurs indépendants, Mozart d’un certain art de boire, muses de nos comptoirs. Ils ne possèdent ni les armes, ni la production pour rentrer dans le troupeau de ces foires « ovins » qui font de l’abattage pour certains et de l’abattoir pour d’autres.

Retrouvez Jean Lapoujade sur http://www.bistrotavins.com/

Partager sur :

Les commentaires sont fermés.