Les Editos Bachiques de Jean Lapoujade

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Chaud Vinisme ! 

Dans le tréfonds de notre mémoire, gruyérisée par des bouquets éthyliques de chopines en tout genre, sommeillent ces cours d’histoire de France de notre enfance à jamais disparus au nom d’une globalisation de l’inculture éducationnelle. Ainsi, je me souviens des leçons du Moyen-âge, avec ses seigneurs encarcassés dans leurs armures et leurs prérogatives, qui s’étripaient joyeusement entre eux.
J’entends déjà, derrière les comptoirs, les clapets s’agiter : pourquoi le scribe se pose t-il soudain en thuriféraire d’une scolarité d’antan, perturbant les bonnes vieilles bachitudes de cette feuille de vigne ?
Rassurez votre neurone entartré : ce bulletin vineux ne devient pas Historama. Je me hasarde juste à un parallèle transéculaire entre seigneurs d’autrefois et viticulteurs de maintenant. Certaines appellations, qui ne voient pas plus loin que le champ magnétique d’une haleine avinée, se comportent comme des fiefs moyenâgeux, pourfendant le voisin qui, à quelques ceps de là, vinifie un ringlinglin aux caractéristiques semblables.
Pendant ce temps, les vins du Chili, d’Australie ou de Californie envahissent les marchés sans s’embarrasser de ces subtilités séparatistes oenopotes.
L’initiative des Côtes de Bordeaux n’en est que plus louable : regrouper 4 appellations (Blaye, Cadillac, Castillon et Franc) sous un même intitulé relève de l’exploit « sismoenologique » ! Et même si Bourg est resté en dehors du tonneau, un vin d’espoir s’est levé dans le Sud-Ouest.
I have a dream : une unité pluri culturelle de l’oenophilie tricolore qui unirait les moyens communicants des vins de France sans renier les spécificités de chacun !
Hélas, d’autres soubresauts (sobre sots ?) m’éveillèrent à une réalité madérisée. Au-delà du terroir, des chapelles culturelles ont vu le jour. Elles s’appellent « raisonnées » « bio », biodynamiques » ou naturelles. En leur sein, des sectaires du sécateur, Torquemada du clan de vigne, excommunient à tout va les ceps-tiques et dispensent au buveur un prêche charpenté qu’il doit gober d’une lippe consentante en oubliant le simple plaisir de boire.
Rabelais disait : « Le jus de la vigne clarifie l’esprit et l’entendement » : alors, viticulteurs de tous poils mes amis, oubliez un peu le bla-bla pour le glou-glou et rappelez vous que, sans nos zincs et nos gobelotteurs, vos vignes auraient bien tristes mines.

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