Les Editos Bachiques de Jean Lapoujade

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Le « Non » du rosé

A l’heure apéritive, accoudé au comptoir avec un Tavel et une tartine Poilâne aux rillettes d’oies, il est souvent de bon ton de se gausser de l’incompétence présumée des technocrates européens qui prétendent régir mille et un petits détails de notre vie subalterne au lieu de s’attaquer à de réels problèmes de fond. Jusqu’à présent, les décisions de ces cols blancs hydropathes s’avéraient légères, parfois gratouillantes, mais sans réel danger pour un certain art de vivre. Les fromages au lait cru continuaient de nous délecter de leurs bactéries savoureuses et les vins de pays, aux assemblages créatifs, chantaient toujours sur nos papilles.
Et puis, fin janvier, nous apprenions cette nouvelle surréaliste : les 27 états membres du grand machin européen ont donné leur accord à un projet de loi autorisant le mélange de vin rouge et de vin blanc pour produire du rosé ! Ainsi, n’importe quel apprenti barman, ou plombier zincqueur, pourra composer un truc rosé pour satisfaire le consommateur inaverti !
Selon l’ascète Commission (qui n’est même pas ascète de table), ce sera un moyen de libérer l’Europe des «entraves œnologiques» (sic et pas hic !) et d’ouvrir de nouveaux marchés, comme la Chine (le pied de vigne par la Chine).
A l’heure où les barbecues refleurissent dans les jardins, nous ne pourrons plus susurrer, sans une certaine angoisse, ces vers plus ou moins ronsardiens qui enjolivaient nos étés « mignonne allons voir si le rosé est frais ! »
Désormais, le rosé effraie !
Le 4 juin, Tradition du Vin se mobilise contre cette gabegie alchimique qui insulte à tout un art de boire.

Retrouvez Jean Lapoujade sur www.bistrotavins.com

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