Historique et fonctionnement de la Coupe du Meilleur Pot

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par Michel Piot de l’Académie Rabelais

Michel Piot, président de l'Académie Rabelais

Michel Piot, président de l’Académie Rabelais

La « Coupe du Meilleur Pot » est née à Paris, au milieu des années 50. Elle a été créée par l’Académie Rabelais, elle-même fondée en Beaujolais en 1948 chez Claude Geoffray, à Château Thivin par une grosse poignée d’écrivains (comme Marcel Grancher), de journalistes (tels Pierre Scize), de peintres (Pavil entre autres), de dessinateurs de Presse (parmi lesquels Henry Monnier du Canard Enchaîné), de chansonniers (Raymond Souplex par exemple). Ces bons vivants faisant leurs les préceptes et la philosophie du père de Gargantua avaient pour la plupart en commun de s’être trouvés réunis à Lyon où ils étaient repliés durant l’Occupation. Ils se vouaient une amitié que les (trop rares !) canons de beaujolais de ces années noires avait largement contribué à souder.
Ce détail est important pour expliquer la naissance de la coupe. Revenus à Paris à la Libération, ces prosélytes du beaujolais contribuèrent en effet largement à la découverte de leur vin préféré par la capitale. Pour autant, les vrais bistrots à vin étaient bien plus rares qu’aujourd’hui à Paris. D’où cette idée, dont on est redevable à Marcel Grancher, alors président de l’Académie Rabelais, de créer un trophée qui mettrait en avant ces valeureux pionniers. En créant cette coupe, qui s’appelait initialement « Coupe Marcel Grancher », notre homme ne pensait pas la faire attribuer par l’Académie mais par la revue « La table et la route », qu’il venait de créer et dont il était évidemment le patron. Quelques années plus tard pourtant, il lui apparut évident que cette trophée devait être décerné par l’Académie Rabelais., à laquelle il en fit don. C’est à cette occasion que la « Coupe Marcel Grancher allait devenir « Coupe du Meilleur Pot » (sous-entendu évident : du meilleur pot…de beaujolais. Son succès fut relatif à ses débuts, entre autres parce que l’immense majorité des vignerons du Beaujolais se montraient timides et hésitaient à monter des bords de la Saône vers ceux de la Seine. Tout le Beaujolais doit donc aujourd’hui remercier et honorer ceux qui les premiers osèrent le voyage.
Mais bientôt, les académiciens Rabelais se dirent que récompenser uniquement le beaujolais pouvait paraître un peu restrictif et que les autres bons vins de l’Hexagone avaient eux aussi droit à leur reconnaissance. Ce qui amena cette définition du trophée toujours valable aujourd’hui :

« La Coupe du Meilleur Pot, décernée par l’Académie
Rabelais, récompense annuellement le patron d’un
Bistrot parisien ou de la région parisienne, pour la qualité
d’ensemble des vins que l’on peut boire debout, à son
comptoir et au verre, aux heures normales d’ouverture. »

Il va de soi que si le beaujolais n’est pas explicitement cité dans cette définition, il reste plus que jamais au cœur de l’esprit de la coupe et qu’un patron de bistrot qui ne proposerait à sa clientèle que des bordeaux, des côtes du Rhône, des vins de Loire et des alsaces, sans le moindre beaujolais, aurait aujourd’hui bien peu de chances de décrocher la récompense. Mais il est vrai aussi qu’à qualité « beaujolaise » égales, deux patrons méritants peuvent se voir départagés par la valeur de leurs autres vins. Dans le passé, voilà une bonne quarantaine d’années, il est tout de même arrivé qu’un Alsacien de la proche banlieue, qui ne proposait quasiment que des vins de sa région natale reçoive la coupe tant les alsaces de son comptoir étaient divers et tous de très grande qualité. Sans rien pouvoir affirmer, il est infiniment peu probable qu’un tel cas de figure puisse exister de nos jours.
Point très important du règlement, il faut insister sur le fait que la Coupe du Meilleur Pot est décernée à un homme et non à l’enseigne de son bistrot. Un gougnafier rachetant un bistrot dont le patron a antérieurement été récompensé ne peut en aucun cas se prévaloir de ce titre. A l’inverse, un patron vendant son bistrot et s’installant ailleurs reste propriétaire de son titre, à charge tout de même pour lui de maintenir les qualités et l’esprit dont il faisait preuve lors de sa récompense.
Autre point important, qui va sans dire mais encore mieux en le disant : à qualité de vins égales, le patron le plus sympathique, le plus enclin à défendre avec intelligence et bonne humeur ses choix de vins, aura les meilleures chances de l’emporter sur un homme de la même valeur mais moins avenant.
Les heures d’ouverture du bistrot ont leur importance. Certains patrons, pour des raisons qui ne regardent qu’eux, n’ouvrent leur établissement que le matin. Ou que l’après-midi. Ou trop tardivement le matin. Ou trop tôt dans la soirée : ceux là se privent de toute chance de gagner la coupe, quelque soit la qualité de leurs vins. On évoque aussi souvent le fait ou non d’être également restaurateur. Il ne s’agit nullement d’un handicap, à condition que la restauration ne nuise pas au comptoir, mais le jury de la coupe ne prend pas en compte les qualités du restaurateur.

LE JURY ET LE PROCESSUS D’ATTRIBUTION

Comme dit plus haut, le jury de la Coupe du Meilleur Pot est composé de membres de l’Académie Rabelais, choisis pour leur connaissance des bistrots à vin, pour leur aptitude à repérer de nouvelles adresses, donc pour leur fréquentation régulière (mais non alcoolique !) de ces comptoirs choisis. On compte une quinzaine de membres dans le jury parmi lesquels quelques « sages », anciens lauréats de la Coupe, récompensés depuis suffisamment longtemps pour être considérés comme « au-dessus de la mêlée ». Certains de ces patrons de bistrots font tellement preuve de l’esprit Rabelais qu’ils ont fini par devenir eux-mêmes académiciens, comme le regretté Louis PRIN, ancien propriétaire de « Ma Bourgogne », boulevard Haussmann, disparu le 9 mai 2007. Il était considéré par tous comme le pape des bistrots à vin parisiens.
La première réunion du jury à lieu généralement au milieu de l’automne, mais à une date qui n’est pas immuable, chez un ancien lauréat. On n’y vote pas mais chaque juré énonce ses découvertes de l’année écoulée, notée par Claude Pfeiffer, secrétaire « provisoirement perpétuel » de l’Académie (il est aussi celui de la coupe). Au cours de cette réunion, on décide également si le ou les suivants du vainqueur de l’an passé doivent ou non être gardés parmi les prétendants à la coupe. Chaque membre du jury se fait un devoir de visiter, anonymement, tous les bistrots (généralement autour d’une dizaine) retenus au cours de cette rencontre.
Au cours de la deuxième réunion, deux à trois semaines après la première, Chacun rend compte de ses visites, et un consensus se fait sur un nombre restreint de candidats potentiels : deux au minimum, cinq ou six au maximum, tout dépend de ce qui ressort de l’impression générale, certaines années étant plus fastes que d’autres. On s’engage alors sur une nouvelle visite anonyme des noms retenus.
Encore deux semaines et vient la troisième réunion. On est alors vers la mi-décembre. Elle est le plus souvent celle du vote définitif. Elle peut aussi, mais c’est rare, appeler une quatrième réunion, si le jury n’arrive pas à se décider sur un nom. A l’inverse, il est arrivé qu’une unanimité indiscutable se fasse dès la deuxième réunion. Aussitôt le vote obtenu, une sympathique coutume veut que le président du jury téléphone à l’heureux lauréat, qui n’est théoriquement pas censé savoir qu’il était en course pour la coupe, mais qui s’en doute souvent, allez savoir pourquoi… Ce coup de fil est souvent suivi le soir même d’une visite de félicitation, arrosée de quelques joyeux canons, vidés cette fois sans aucun anonymat.
Mais la remise officielle de la coupe, toujours passée comme un symbolique relais bachique par le lauréat de l’année précédente, intervient bien plus tard, courant mars. Le temps pour le lauréat de se familiariser avec son nouveau titre, de communiquer à l’Académie Rabelais le nombre de ses propres invités (pour qu’elle ait une idée du nombre de cartons d’invitations à imprimer), de prévenir les vignerons auprès desquels il se fournit, vignerons qui ne viennent généralement pas à la fête les mains vides, d’organiser son buffet, qui tient beaucoup plus du goûtillon beaujolais que du cocktail mondain. En fait, on sait toujours combien de cartons d’invitations ont été imprimés mais jamais combien de personnes vont assister à cette remise du Prix Goncourt des bistrots à vin. S’il fait beau, et cela arrive presque toujours car Noé veille sur le trophée, les barriques fleurissent sur le trottoir et les passants surpris, se voient offrir un verre s’ils ont la tête de l’emploi.
A dater de ce jour béni, la coupe –en fait une sculpture faisant honneur à une bouteille de vin, sur le socle de laquelle s’inscrivent les noms de tous les lauréats et l’année de leur triomphe- va trôner toute une année sur le comptoir du vainqueur, montrant à tous la valeur de ce serviteur du bon vin.

Ainsi en va-t-il de la pérennité de la « Coupe du Meilleur Pot » sous le bienveillant regard de l’Académie Rabelais.

Michel PIOT

Président du jury

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