Maison & Objet 2012 : Le réveil des couteliers français ?

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Si la France est le pays des vins, c’est aussi celui des couteaux. Aucun pays n’a autant de modèles régionaux du fait de la multiplicité des cultures paysannes et de la diversité des terroirs.

Déplier son laguiole au bistrot c’est affirmer son identité. Après bien des dérives, le made in France deviendrait-il enfin une exigence de base pour les couteaux pliables ?

Certains couteliers français n’ont pas attendu les politiques pour remettre le Made in France à l’ordre du jour. On a pu s’en rendre compte lors du Salon Maison&Objet de janvier 2012. D’Opinel (ci-dessus) à la Forge de Laguiole, en passant par quelques maisons thiernoises, ceux qui ont fait le choix de la défense du savoir-français encaissent les dividendes avec des carnets de commandes plutôt épais… Car le couteau français devient aussi reconnu que le vin à l’étranger. Et il n’y a pas que le haut-de-gamme. Opinel dont 60% de l’activité est lié au couteau fermant voit son chiffre d’affaires augmenter de 20%/an depuis trois ans du fait également d’une créativité sans précédent sur les gammes. Car, comme l’explique le spécialiste des couteaux Christian Lemasson et auteur d’une passionnante Histoire du Couteau de Laguiole, «Quelle que soit l’entreprise c’est le couteau de poche qui tire le reste de la gamme. ». Illustration avec l’atelier Perceval dont le patron, ancien cuisinier étoilé Michelin, est parti d’un fermant pour créer un couteau qui cartonne sur les tables des bistrots de Paris. «On a jamais vendu d’aussi beaux laguiole. » confirme Honoré Durand de la Coutellerie de Laguiole.

«Auparavant dans les éditions précédentes de Maison et Objet , il y avait toujours un type pour me demander si je n’avais pas un produit d’entrée de gamme pas cher. Peu importait qu’il fut fabriqué en Asie. Cette année, on ne m’a jamais posé la question. » explique Christian Valatte propriétaire de deux coutelleries, Laguiole en Aubrac, et David l’Arbalète à Thiers. La preuve peut-être qu’en matière de couteau comme en matière de vin, l’origine France devient un élément non négociable.
Car à la différence des vignerons, les couteliers n’ont pas su se protéger. Le Laguiole, le plus emblématique des couteaux de poche, fait l’objet de contrefaçons par millions. Du coup, il est devenu le symbole de la résistance française contre la mondialisation anonyme. La mission conduite par le député Yves Jego pour la création d’une Marque France a ouvert la voie à l’extension des Indications Géographiques Protégées (IGP) à certains produits non agricoles. Et l’on évoque sérieusement la mise en place d’une IGP Laguiole qui irait de Laguiole à Thiers… Mais le sujet ne fait pas encore l’unanimité sur place. Notamment sur les exigences de qualité et d’origine du couteau dans le cahier des charges.

«Rares sont les paternels à offrir encore un laguiole au fiston tout juste ado».
Mais le danger de la survie d’un couteau français est ailleurs. Il est dans la non-transmission d’un héritage. Le passage de témoin entre les générations ne se fait plus. Et sur ce point, il en va des vignerons indépendants comme des artisans couteliers. La mondialisation et la bibeloterie technologique des I phones, Facebook et autres consoles de jeux ont jeté aux oubliettes les rites de transmission du vin et du couteau entre les pères et les fils.
Rares sont les paternels à offrir encore un laguiole au fiston tout juste ado. Cette rupture du fil de la transmission se paye aujourd’hui dans la pénurie de personnels. Comme les fils de vignerons rechignent parfois à reprendre le domaine familial devant le travail du père, il en va de même dans les coutelleries thiernoises. «On voudrait embaucher, transmettre le savoir-faire, mais on ne trouve aucun candidat.» avoue dépité un coutelier de Thiers. Pas sûr qu’une page Facebook change la donne.

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