Les cuillères à absinthe

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Les cuillères à absinthe, des petits trous rien que des petits trous

L’objet le plus collectionné est la cuillère  à absinthe. Celle qui justement sert  à préparer le doux breuvage. Indispensable au rituel de préparation.

Car l’absinthe ne se boit pas comme n’importe quelle boisson. Il convient de la sucrer pour masquer son goût amer, mais sa haute teneur en alcool (qui pouvait dépasser les 70°) ne permet pas la bonne dissolution du sucre. D’où le rituel suivant.
On laisse tomber l’eau fraîche goutte à goutte sur le sucre posé sur la cuillère en métal percée de trous que l’on tient au dessus d’un verre où se trouve la liqueur. Le sucre alors se désagrège. Par un savant dosage du filet d’eau traversant le sucre, on obtient alors le mélange idéal de l’eau et des essences de plantes.

Pas d’absinthe donc sans l’accessoire indispensable qu’est la cuillère pour touiller. Cet accessoire indispensable s’est décliné au fil des temps sous diverses formes. Les plus classiques sont rondes ou en forme de feuilles d’absinthe. Généralement fabriquées en bronze plaqué, étain ou nickel, on en trouve des milliers de modèles.

Les cuillères dites rondes ou grillagées sont parmi les plus chères. Ainsi une grille n°24 s’est vendue à 900 euros, (PHOTO), grille n°1 à 230 euros (car légèrement oxydée).

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des cuillères dites rondes

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une cuillère en forme de feuille d’absinthe

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une cuillère dite ouvragée

En simple métal argenté ou argent massif, ce n’est pas tant le métal utilisé qui importe pour les collectionneurs. La rareté de l’objet est particulièrement prisé. Comme par exemple une cuillère en forme de Tour Eiffel 1889 ou une cuillère avec au bout une pelle Art Déco.
Un collectionneur a ainsi vendu une cuillère à absinthe Tour Eiffel réalisée à l’occasion de l’inauguration d ela Tour Eiffel en 1889 en laiton chromé pour 270 euros. « Elle est en chrome à 95% ce qui est très rare donc apprécié par les collectionneurs ». Une cuillère du même type s’est vendue à 2200 euros sur un site allemand. Une cuillère en forme de fleur est très rare elle s’est vendue à 500 euros.

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une cuillère en forme de Tour Eiffel 1889

Egalement recherchées les cuillères estampillées des publicités Cior, Berger, Oxygénée Cusenier, Secrestat …

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Une cuillère à absinthe Picon sucre

Philippe Machet, collectionneur privilégie quant à lui la forme de la cuillère. « Le métal est secondaire dans la rareté. Les défauts de fabrication peuvent ajouter un « plus », un peu comme en philatélie. Parmi les modèles les plus recherchés on peut citer les modèles représentant la Tour Eiffel, les modèles longs, en forme de coquilles Saint-Jacques ou ayant appartenu à un personnage illustre comme par exemple Toulouse Lautrec ». Un point de vue partagé par un autre collectionneur : « Ce qui nous fait craquer c’est la beauté de la feuille d’absinthe, ou alors de curieuses pelles avec des trous et des rayures, une autre pelle à trous en métal argenté et une grille. »

Marie-Claude Delahaye à l’origine du musée de l’absinthe à Auvers sur Oise a classé dans un ouvrage les cuillères selon leur forme générale en distinguant trois grands types de cuillères : les cuillères où l’emplacement du sucre est logé dans le manche, les cuillères rondes dites aussi grilles, les cuillères en forme de pelle…

On peut également classées les cuillères en fonction de la forme de leurs trous : en forme d’étoiles, de trèfles, de carrés, de losanges ou de croix.

Le prix ? Lorsque l’objet est rare, cela peut aller très loin. Ce qui exlique que certains collectionneurs en attendant se jettent sur des copies. « Mais attention prévient ce collectionneur, ce n’est qu’en attendant de dénicher la perle rare ». Et de poursuivre : il faut aussi savoir qu’il existe « des fausses reproductions  très souvent fort bien exécutées».

Alors comment reconnaître une vraie cuillère à absinthe d’une fausse. Réponse de Philippe Machet : « Suspecter les cuillères rares à un prix défaint toute concurrence, les aspects trops trop neufs, les modèles inconnus, les modèles qui n’ont jamais pu exister comme par exemple une cuillère avec des insignes politiques postérieurs à l’interdiction de l’absinthe … Certains modèles de « fausses cuillères » sont repertoriées sur les sites internet des collectionneurs ». Philosophe il conclut, « si les fausses cuillères à absinthe circulent, c’est malheureusement la rançon d’un certain succès …  »

La cuillère peut-être remplacée par un brouille-absinthe, sorte de passoire en verre ou en métal ou de réservoir en verrerie. On les appelle également mélangeurs ou fontaines individuelles. Ces objets étaient percés d’un orifice au fond. Principe de fonctionnement : on adapte la passoire ou le réservoir au-dessus du verre sur lequel il prend place grâce à ses quatre griffes. On met du sucre au fond puis on remplit d’eau glacée qui s’écoule par le trou.  On verse, on regarde puis on boit. De nombreuses affiches nous montrent ces objets.

Particulièrement recherché le fameux brouilleur « Balance » avec mention »Absinthe Oxygénée Cusenier », avec sa petite balançoire contrôlant l’eau gouttante. On verse l’eau dans le corps de l’autoverseur et par le petit orifice qui se trouve au fond du godet, elle coule sur le balancier qui se trouve en dessous, qui, alternativement, dirige le jet à gauche et à droite, ceci pour troubler plus régulièrement et plus scientifiquement la préparation. Egalement recherchés les brouilleurs publicitaires Absinthe Terminus, Absinthe Deniset et Fils ou Perrenod et Cie.

A la question quelles sont les pièces les plus recherchées, Philippe Machet répond par une lapalissade : « La cuillère le plus recherchée par le collectionneur c’est celle qu’il n’a pas ! »

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