Absinthe quand tu nous tiens !

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On les appelle les  artémophiles (du nom de la plante en latin Artemisia absinthum). Ce ne sont pas des buveurs invétérés d’absinthe comme Verlaine (ci-dessus), mais des collectionneurs à la recherche de tout objet appartenant à l’univers de l’absinthe.

Qu’il s’agisse de ces fameuses cuillères perforées pour tenir le sucre, des verres qui marquent la dose, des fontaines à absinthe, des  affiches sur l’absinthe, des cartes postales d’époque, des pyrogènes de marque, de catalogues des fabricants …  En chinant dans les brocantes et les vide-greniers, il est encore possible de dénicher des cuillères, des verres, des fontaines, des topettes ainsi que de nombreux objets au nom de cette boisson bannie. Bref ils donneraient n’importe quoi ou presque pour toutes ces reliques témoins de l’époque de la Fée verte. Qui sont-ils ?

Philippe Machet, collectionneur

Quel a été votre premier objet de collection ?
C’est mon comptoir de bistrot, voila le départ de l’aventure.

Où l’avez vous trouvé ?
Par les petites annonces locales, tout simplement. Je suis allé voir un comptoir à vendre, sans intérêt. Et le vendeur m’en a proposé un autre, un « vieux » qu’il avait remisé depuis de nombreuses années dans une grange, avec les tables et les guéridons publicitaires qui étaient dans le bistrot d’origine. En plus, j’en connais l’origine. Là, je dois dire que ce fut jubilatoire.

Comment vous est venue cette passion ? Depuis quand ?
Le fait déclencheur est la lecture d’un magazine « maison déco », le thème en était « le style bistrot ». On y voyait un vieux comptoir de bistrot et divers objets, l’ensemble dégageait une ambiance différente, un côté convivial, atypique. C’était il y a presque 30 ans déjà …

Combien d’objets avez-vous en tout ?
Aucune idée. Quelques centaines, c’est sûr. Peut-être au delà, je ne compte pas.

Comment avez-vous rassemblé cette collection ?
Au fil des années.

Quels sont les objets dont vous êtes le plus fier ? Pourquoi ?
Le  mobilier de mon bistrot, notamment mes trois guéridons publicitaires émaillés, authentiques et en bon état.

Où chinez-vous ? Foires à tout, brocantes, internet ?
Sur internet principalement. Les vide greniers et petites brocantes, c’est plus pour la promenade maintenant, par manque d’objets intéressants. Les brocantes de pros méritent la visite, on peut encore y trouver quelques trucs à des prix raisonnables. Restent les boutiques spécialisées, beaux objets mais prix pas raisonnables. Mais comme on dit : ce qui est rare est cher …

Existe-t-il des ventes spécifiques autour de l’absinthe ?
Oui, mais peu souvent, par exemple il y en a lors de la fête annuelle de Boveresse en Suisse. C’est probablement difficile de collecter un nombre important d’objets de qualité pour effectuer une vente thématique.

Que pensez-vous d’ebay et des forums sur l’absinthe ?
Sur Ebay, on peut découvrir des objets dont on n’aurait même pas soupçonné l’existence. En quantité. Pour tous les budgets. Pour moi c’est aussi un lieu de découverte. Les forums, c’est très pointu sur le sujet, on se fait vite des connaissances : il y toujours quelqu’un qui a la réponse à votre question. Tout ça est très utile et dans un bon esprit. Sur Ebay comme sur les forums de discussions, vous trouverez toujours quelque chose à apprendre.

Vous arrive-t-il de rencontrer d’autres collectionneurs au cours de réunions ou d’événements spécifiques ?
Oui, mais c’est rare aussi. J’ai l’occasion d’avoir des contacts avec quelques brocanteurs spécialisés dans les objets de bistrot et les objets publicitaires, assez régulièrement. Et enrichissants.

Qu’ont de particulier les collectionneurs d’objets autour de l’absinthe ?
Je ne les sens pas différents des autres collectionneurs. On note la même passion des objets, de leur histoire, avec ce petit côté archéologue sociologue car derrière l’objet, il y avait en finalité le consommateur. Prolétaire ou mondain, la fée verte était dans tous les verres.

Faut-il connaître parfaitement l’histoire de l’absinthe pour être un bon collectionneur ?
Qu’est ce qu’un « bon » collectionneur ? Celui qui sait tout et qui possède tout ? Ou alors peut-on dire « grand collectionneur » ? Mais s’il est vrai qu’il faut disposer d’un minimum de culture sur le sujet (au moins pour ne pas se faire gruger), il est surtout indispensable de disposer d’un budget assez conséquent pour pouvoir acquérir certaines pièces, sauf « affaire du siècle »  bien entendu …

Peut-on parler d’un cercle fermé ?
Comme les autres collectionneurs, ni plus ni moins, amateurs et initiés. On n’est pas dans les confréries secrètes …

Quels conseils donneriez-vous à celui qui se lance dans ce type de collection ?
D’abord se documenter, visiter les musées, éviter de se précipiter, ne pas se décourager … Attention, une fois que le virus est contacté, il n’y a pas d’antidote connu !

Que pensez-vous du renouveau de l’absinthe ?
Je suis « pour », personne ne sera surpris ! Maintenant que la substance nocive (la tuyone) est éliminée, il n’y a pas de raison de s’en priver. Avec modération, s’entend. Cela permet de faire fonctionner à nouveau fontaines, cuillères et autres « brouille absinthe » pour des moments conviviaux qui sont souvent une vraie découverte pour les amis. En bref, utiliser d’une matière festive ces objets centenaires qui avaient perdu leur utilité, les faire revivre, sentir l’émotion. Moi, je suis pour les collections qui vivent, pour les objets qui servent. Les vitrines et les pièces auxquelles il ne faut pas toucher, c’est bon pour les musées.

Vous collectionnez également de nombreux objets autour des bistrots et notamment les objets publicitaires des alcooliers, comment les avez-vous rassemblés ? Qu’est-ce qui vous plait dans ce type de collection ?
Effectivement, j’ai « mon bistrot » chez moi ! Tous ces objets ont un vécu, et j’aime les regarder, les toucher, m’en servir. Les montrer à mes amis, surprendre. Jouer le guide. Bien entendu, c’est le fruit de quelques années de « chine », d’achats, d’échanges et de reventes, quand on trouve mieux ou différent. Et de ratages aussi. Que de fois s’entendre dire que « ça vient d’être vendu » … Sans que cela devienne obsessionnel pour autant. Et sans s’enfermer dans un carcan d’époque strict, « mon bistrot à moi » est peuplé d’objets des années 1900 à 1950. Certains ne se sont jamais croisés historiquement. Mais qu’importe, c’est plus une question d’ambiance cohérente que de vérité historique. Et mon ambiance, moi, j’y tiens.

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