Café Drouant, une table littéraire centenaire

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goncourtEn 1880, la même année que les Lipp, également d’origine alsacienne, Charles Drouant ouvre sur l’autre rive de la Seine un modeste café à l’emplacement actuel du restaurant.

Dès son ouverture, l’établissement est fréquenté par les Daudet, père et fils, Renoir, Rodin, Pissaro… Ce lieu s’impose très vite pour l’excellence de ses poissons, de ses huîtres et fruits de mer.
C’est un groupe d’amis, écrivains, journalistes, peintres et sculpteurs, qui, en choisissant Drouant pour leur dîner du vendredi, lui ouvre le chemin de la célébrité : il s’agit d’Octave Mirbeau, les frères Rosny, Paul Neveu, Paul et Georges Clémenceau, Edmond de Goncourt, Monet…

Drouant s’agrandit, et conquit sa renommée grâce à sa cave (crus blancs en particulier). Après avoir reçu les journalistes de la « Justice », le journal de Clémenceau, pour des dîners hebdomadaires, Drouant connaît sa véritable consécration en 1914, date à partir de laquelle y sera décerné le plus prestigieux des prix littéraires français, le Goncourt.

Après avoir siégé au Grand Hôtel, chez Champeaux, puis au Café de Paris qui ferma ses portes, le 31 octobre 1914, pour la 1ère fois, le Prix Goncourt est décerné chez Drouant. Depuis l’Académie Goncourt est restée fidèle à Drouant.

Le Goncourt, doté de 10 euros, est le plus célèbre des prix littéraires. Il a été fondé le 21 décembre 1903 par testament de l’historien écrivain Edmond de Goncourt en mémoire de son frère Jules. Son but : « encourager la vie confraternelle et matérielle des hommes de lettres ».
Il récompense un roman français publié dans l’année et est habituellement proclamé au restaurant Drouant début novembre.
Bien que le lauréat ne reçoive qu’un chèque symbolique de 10 euros, ce prix est d’un tout autre rapport financier puisqu’il assure au lauréat de vendre au moins 300 000 exemplaires…

drouant-goncourt

Parmi les lauréats les plus célèbres du Goncourt citons : Marcel Proust pour « A l’ombre des jeunes filles en fleurs » en 1919, André Malraux pour « La condition humaine » en 1933, Simone de Beauvoir pour « Les Mandarins » en 1954, Romain Gary pour « Les racines du Ciel » en 1956, de retour en 1975 sous le nom d’Emile Ajar pour « La vie devant soi », Patrick Modiano pour « Rue des boutiques obscures » en 1978 et Marguerite Duras pour « L’amant » en 1984.
En 1951, Julien Gracq a refusé cette distinction pour « Le Rivage des Syrtes ». En 1995, pour la première fois, le Goncourt et le Médicis ont été attribué à un même roman : « Le testament français » d’Andreï Makine.

Tous les mois, les «Dix » Académiciens se retrouvent chaque premier mardi du mois à déjeuner dans le mythique Salon Goncourt, situé au premier étage du restaurant.
Aujourd’hui, les fauteuils des académiciens se tiennent donc toujours autour de la table qui leur est réservée, le nom de chacun étant gravé sur le dos des fauteuils et sur les couverts… Après le départ ou le décès de l’un d’entre eux, son successeur est recruté par cooptation. Le nouvel élu a chez Drouant le couvert de celui qu’il remplace, avec la fourchette et le couteau en vermeil gravés aux noms des détenteurs successifs.
Les salons portent les noms des célèbres habitués : Ravel, Renaudot, Apollinaire, Rodin et Colette …

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