Poèmes sur l’absinthe

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L’absinthe selon Pétrus Borel (1809-1859)

« Lorsque votre absinthe est versée
Au fond d’un verre de cristal,
Mettez sur la pelle en métal
Le sucre en deux pierres cassées

Puis faites couler savamment
L’eau claire en petite cascade
Regardez bien : voici comment.
Et pour qu’elle ne soit pas fade

Versez surtout très doucement.
L’absinthe devenant plus pâle,
Répandra sa divine odeur
Et vous verrez dans la blancheur

De cette subtile liqueur,
De beaux reflets d’ambre et d’opale.
Vous aurez de cette façon,
Une absinthe bonne et bien faite;

Profitez donc de ma leçon;
Si cela vous monte à la tête,
Vous calmerez votre âme en fête
En nous chantant une chanson.« 

L’absinthe selon Raymond Queneau

« Je comparerai volontiers
l’absinthe à la montgolfière.
Elle élève l’esprit
comme le ballon la nacelle.

Elle transporte l’âme
comme le ballon le voyageur.
Elle multiplie les mirages de l’imagination comme le ballon les points de vue sur la sphère terrestre.

Elle est le flux qui emporte le rêve comme le ballon le laisse guider par le vent.

Buvons donc, nageons
dans le flot laiteux et verdâtre des images oniriques désagrégées, en compagnie des habitués
qui m’entourent : leur face est sinistre, mais leur coeur absinthé s’absente le long d’abscisse abstruces et peut-être abyssines. »

Raymond Queneau : « le vol d’Icare »

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