Petit lexique du mot bistro

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bistro ou bistrot [bistro]n. m. (origine obscure; 1884, Moreau).
1. Pop.: Débitant de boissons ou petit restaurateur; parfois garçon de café, aide du marchand de vin : L’autre avait l’air d’un garçon marchand de vins sans place, l’un de ces bistrots à petites moustaches noires qui font parfois les extras dans les guinguettes de la banlieue (Huysmans). Les prolétaires qui s’empoisonnent chez le bistrot (Bernanos). J’entre chez les bistros, les épiciers, les vins et liqueurs, el je leur fais mes offres (Martin du Gard). Il venait d’apercevoir son image dans le miroir dont s’ornait la boutique d’un bistro (Duhamel). Non, je n’aurai pas dîné. Nous irons chez un bistro quelconque (Maurois). Le bistrot se faisait lire le journal par sa petite-fille, qui, elle, sait lire (Malraux).
2. Par extens: Petit café, restaurant modeste : Aller au bistrot. Des chaises, des tables de bistrot encombraient le trottoir (Martin du Gard). Je déjeunai dans un bistro du coin (Duhamel). On faisait marcher la boîte à musique dans le bistrot (Aragon).
SYN.: 1. cabaretier, mastroquet; 2. bar, buvette, cabaret, estaminet.
Au sens 1., on trouve parfois le fém. BISTROTE.
(© Grand Larousse de la langue française, en six volumes, tome I, Librairie Larousse, Paris 1971; 17, rue du Montparnasse et Boulevard Raspail 114, Paris VIe. Tel. 0033 – 1 44 39 44 00, Fax 0033 – 1 44 39 43 43)
BISTRO ou BISTROT n. m. – 1884; orig. incert.; p.-é. du poitevin bistraud ‘petit domestique’, qui aurait désigné l’aide du marchand de vin; ou encore des formes bistingo (1845), bistringue, bastringue, d’orig. obscures; quant à une adaptation du russe byistro ‘vite’, venue des cosaques demandant à boire à Paris en 1814, c’est une pure fantaisie en l’absence de toute attestation du mot à l’époque ou peu après; mais l’hypothèse la plus vraisemblable rattache le mot à bistouille (par la var. attestée bistrouille et un verbe bistrouiller).
1. Vieilli, fam. Marchand de vin tenant café. ==> Cabaretier, mastroquet; bistrote.
Il était bistro (bistrot) à Montmartre. Aller chez le bistro.
(…) les prolétaires qui s’empoisonnent chez le bistrot
(BERNANOS, les Grands Cimetières sous la lune, I, 4, p. 120)
(…) la mère ôte son corset et le fils son gilet. Des natures de bistrots en vacances.
(COLETTE, Chéri, p. 26)
(…) Et plus Dorothée refusait, plus je m’entêtais dans mon idée, car je suis Breton, moi, et le métier de bistrot n’était pas pour me déplaire.
(B. CENDRARS, Moravagine, in oev. compl., t. IV, p. 203)
2. Cour. Café (généralement petit et modeste); bistroquet, troquet.
Aller au bistro. Un patron de bistrot. C’est un pilier de bistrot. Une terrasse de bistrot .
(…) Disparaitrez-vous un jour, petits bistros de chez nous, petites salles basses, chaudes, enfumées, où trois bougres, épaule contre épaule, autour d’un infime guéridon de fer bâfrent le bœuf bourguignon, se racontent des histoires, et rigolent, tonnerre! rigolent en sifflant du piccolo?
(G. DUHAMEL, Scènes de la vie future, XIV, p. 210)
Le terme (bistrot) n’apparaît qu’en 1884 d’après notre meilleur spécialiste de l’argot, M. Gaston Esnault, à qui l’on peut se fier pour la documentation historique en la matière. A-t-il été créé d’après la bistouille ou est-ce un dérivé de bistre? La question reste en suspens, en attendant qu’on connaisse la région (Paris ou le Nord) où s’est formé le mot après 1870. En tout cas, c’est une création bien française.
(A. DAUZAT, in Le Monde, 17 janv. 1951)
(…) Hier soir, dîner au bistrot avec …
(X F. MAURIAC, Bloc-notes 1952-1957, p. 28)
(… ) à l’affût du profit, les hôteliers remplacent la qualité par la forme; alors les amateurs éclairés s’enfuient vers un ‘petit bistrot’, vers un restaurant simple et modeste où officie quelque Chef désireux de se tailler une réputation.
(H. LEFEBVRE, la Vie quotidienne dans le monde moderne, p. 197)
REM. Le mot, comme hôtellerie, auberge, tend à être employé dans un contexte mélioratif, pour désigner un restaurant traditionnel français (notamment parisien), d’allure simple, mais pouvant être coûteux et à la mode.
Les grands bistros. – Style bistro, se dit du mobilier typique des bistros du début du siècle (tables rondes à dessus de marbre, chaises cannées, porte-manteaux ‘perroquets’, etc.).

BISTROQUET n. m. – 1926; mot-valise, de bistro, et troquet.
Familier.
1. Tenancier de bistro, mastroquet. « Le bistroquet se plaint de ces clients qui viennent boire un café à cinq… » (le Nouvel Obs., no 467, 22 oct. 1973, p. 45).
2. Bistro*, café.

BISTROTE n. f. – 1914; fém. de bistrot.
Fam. Femme qui tient un café.
Je n’emporterai pas mon fonds de liquoriste au Paradis, n’est-ce pas? Alors, buvons-le. C’est mon défunt qui me l’a légué. Il y a du bon. Il s’y connaissait. Je ne suis qu’une bistrote d’occasion.
(B. CENDRARS, Bourlinguer, p. 326)
Cette petite-là, elle finira ou bien à la Comédie-Française (…) ou bien bistrote, parce qu’elle s’amourachera sur le tard d’un chasseur d’hôtel ou d’un chef de cui sine
(M. DRUON, La Chute des corps, II, v.P.148)
(© Le Grand Robert de la langue Française. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française. Deuxième Edition, Tome II, Montréal, 1985, Tel. (Editions Robert, Paris) 0033 – 1 45 87 43 00 und Tel. (Editions Atlas) 0033 – 2 32 29 29 62 ) « 

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