Les bistrots d’Antoine Blondin

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Blondin qui fut aussi l’un des plus grandes signatures de l’Equipe avec des tours de France homériques, observe la bêtise de ses contemporains, sans méchanceté ni amertume. Mais toujours avec résistance.

De commissariats en dépôt, d’ivresses joyeuses en longues virées en taxi terminées elles aussi au poste pour grivèlerie, Antoine Blondin se met en scène dans Monsieur Jadis. Un nom qui lui permet de prendre de la distance et de refuser l’usure du temps et la maturité des anciens. Pourtant Monsieur Jadis ou l’école du soir, n’a rien d’un pamphlet nostalgique. C’est une balade poétique dans un Paris des années 60. Il y a dans Monsieur Jadis des morceaux d’anthologie nocturnes comme on en trouve parfois chez San Antonio où l’on s’ingénie à rendre mémorable l’instant présent.

Seule différence avec les héros de Frédéric Dard, un parfum de réalité vécue par Blondin : la virée avec Roger Nimier à Twickenham pour le tournoi des Cinq Nations, où cette nuit où Monsieur Jadis pénètre le ministère des Travaux publics en pleine nuit pour s’asseoir dans le fauteuil du ministre, sont des moments de pur bonheur éthylique (et naturellement totalement bannis par la pensée dominante et prophylactique actuelle).

Dans ce tourbillon d’aventures noctambules, le Bar-Bac, tenu par Blanche, l’Aveyronnais, fait office de refuge à Antoine et ses amis. Et l’Aveyronnaise reste une aveyronnaise, lorsqu’elle juge la rédemption nécessaire au petit matin, celle qui a les trois M, Missel, Mantilles et Matraque dans la caisse, emmène ses chers clients à Saint-Thomas d’Aquin.

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 » Le taxi s’arrêta au coin de la rue du Bac, dont le cours porte à cette heure des remous aventureux sous les façades dormeuses d’un peuple d’inspecteurs des Finances, de savetiers honoraires, de poètes. Tandis qu’il comptait sa monnaie, son attention fut attirée par le rectangle éclairé du Bar-Bac, dernier écueil avant la vie rangée. A l’époque où les générations du couvre-feu aspiraient à retrouver les approches de l’aube, une Aveyronnaise charbonneuse tenait là un débit de boissons, dont le mérite le moins secret était de ne fermer jamais. Le bruit se répandit peu à peu qu’une veilleuse brûlait ainsi à longueur de temps derrière un tiroir-caisse. Elle s’appelait Blanche dans la nuit noire et sa silhouette noire ne tarda pas à recevoir l’hommage de toute nuit blanche. Certains ivrognes lui vouaient un culte qu’on réserve aux icônes. Mais son extraordinaire taille de guêpe étranglée sous une poitrine de comices, son œil de jais surplombé par une tignasse engluée dans la laque, donnaient plutôt à ce personnage, dont on ne connaissait que le buste et son reflet sur le zinc, I’aspect fabuleux de la Dame de Pique affligée de l’accent des Auvergnats de Paris. La mode s’accordant à la nécessité, boire le dernier verre chez elle était devenu l’épilogue attendu d’un roman qui tirait ses envoûtements de la répétition « .

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