Philippe Starck par Pierre Doze

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Tandis que se préparent les nouvelles perspectives du bar du Meurice, dont on lui a confié les destinées (ouverture en décembre 2007), envisager le travail de Starck à Paris reste une chose complexe. Ici, il est curieusement peu populaire : ses restaurants (Bon) ferment les uns après les autres, après ses boutiques ou ses boîtes (Bains Douches). Ils viennent tous rejoindre le café Costes au seul registre des belles images (toujours très belles).

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Tandis qu’il pose sans relâche des repères très chics aux Etats-Unis (côte ouest) ou au Brésil (l’hôtel Fasano ouvert cet été à Rio de Janeiro), la capitale résiste encore à ses charmes. Une authentique curiosité, car peu de designers contemporains possèdent une habileté semblable à manipuler les espaces.

Starck sait jouer des matériaux, des climats lumineux, des tissus et des volumes, avec une maîtrise qui n’a sans doute pas d’égal au monde. L’on pourrait ici attribuer ses échecs plus à la qualité de ses partenaires – le travail du designer trouve l’une de ses caractéristiques dans la nature de ses échanges avec le client – qu’à son travail lui-même. Ce sont ces détails, ceux de dépenses inconsidérées (notamment vis-à-vis des emblématiques toilettes des établissements qu’on lui confie et qui ont initialement contribué à sa gloire), d’une cuisine ou d’une gestion qui ne suivent pas.

starck_chaiseAutre aspect passionnant : la disparition du design. C’est dans la grande cuisine décorative, drôle et érudite, que Starck excelle désormais. Non pas une soupe folle, mélangeant 46 épices, mais un curieux ragoût, où le désuet complète le raffiné (le drap blanc et l’abat-jour de soie), le cabinet de curiosités rejoint le laboratoire (bibelots de concierge et art contemporain), encourage la conversation de comptoir entre un philosophe et un musicien (dissertant de la sincérité d’une chanson de variété). Un heureux bavardage où les suggestions crapuleuses ont la chance de devenir une autre forme de délicatesse.

Pierre Doze

 

 

Alors qu’aujourd’hui la moindre déco peut revenir à 100 000 € et parfois beaucoup plus si le décorateur est un peu connu, les confessions de Starck à Télérama laissent pantois.
«Pour la décoration du Café Costes, à Paris, j’ai reçu 13 400 francs ! »   a confié Philippe Starck dans une interview parue dans Télérama daté du 25 octobre. Or chacun sait que Café Costes ouvert en 1984 rue Berger allait révolutionner l’image même du lieu Café tout en devenant la rampe de lancement des deux frères aveyronnais. Cette rupture totale de l’univers visuel du café s’accompagnait à l’époque de tarifs prohibitifs. 17 francs le café en terrasse voilà 20 ans… On avait du mal à s’en remettre.
Preuve que le génie des Costes à qui certains reprochent aujourd’hui leur peu d’implication à baisser la TVA s’accompagnait aussi d’un terrible sens du business à l’auvergnate. Ce prix symbolique pour la « déco » du café Costes explique sans doute pourquoi à la reprise du café Costes par l’enseigne de Naf-Naf en 1994, le designer refusa coûte que coûte de laisser son œuvre à des marchands de tissus et préféra la voir détruite.

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