Philippe André : décorateur, directeur de Philigne

0

En 30 ans, Philippe André a agencé ou décoré une centaine de bistros parisiens. Parmi ses dernières références, plutôt des institutionnels (dans le bon sens du terme). Du grand classique années trente avec des matériaux nobles ou des joyaux de l’Art Nouveau comme la façade de « Mollard ».

Et pourtant, rien ne prédisposait cet ancien de l’école Boule à finir dans le bistrot, lui qui avait commencé par un magistral coup de chance à aménager les 6000 m2 d’un palais d’un prince de la famille des Saoud à Djeddah, avec 350 ouvriers à manager. Rentré à Paris, la reconversion dans le comptoir s’est faite au hasard d’une rencontre. «En déjeunant au café du coin dont le patron était un copain. Un de ses collègues refaisait son bistro. De fil en aiguille, ça n’a pas arrêté depuis.»

philigne

De son approche à la fois classique et haut de gamme, Philippe André revendique haut et fort son passage par l’école Boule « On y apprend à prendre le volume de l’intérieur, à imaginer un espace dans toutes ses fonctionnalités, à retourner le problème dans tous les sens les “boulistes“ ne font jamais l’économie d’un raisonnement.»

A la tête de son cabinet, Philigne, l’homme est un indépendant qui se tient à l’écart des réseaux des fournisseurs souvent donneurs d’ordre dans les décorations de bistros par exemple lorsqu’un patron veut se “faire aider“ pour une nouvelle devanture. Indépendant, il travaille pour des indépendants, ou des patrons qui ne sont pas tenus par les réseaux. Des patrons parfois propriétaires des murs qui souhaitent sortir des sentiers battus et ne pas avoir les mains liées…Ci-dessus, le Saint-Clair Café à Boulogne-Billancourt.

Outre ses qualités de décorateur, il faut quelques bonnes qualités humaines, pour s’en sortir. «Il faut savoir écouter. Il y a des clients qui ont des idées arrêtées, qui savent ce qu’ils veulent. Encore que le plus important soit bien de s’assurer que l’on parle de la même chose, par exemple un gris bleu vert. Pas un seul de mes bistros ne se ressemblent, d’autres me laissent carte blanche. »

philigne2

«Dans ce métier, un prix c’est un prix, on fait ce métier, et comme la parole il vaut mieux s’y tenir. Le respect du délai, compte autant. Quand on aménage la cuisine d’une brasserie comme celle du Wepler en août, on n’a pas le droit à un jour de retard. Du coup, il vaut mieux travailler avec les mêmes artisans, des types qui se connaissent et qui aiment travailler en équipe. Pas d’histoires entre l’électricien et le plombier, chacun sait ce qu’il a à faire. J’essaye de maintenir cet esprit d’équipe sinon c’est impossible de réussir surtout lorsqu’on a peu de temps à peine deux mois pour refaire 500 m du sol au plafond.»

A l’entendre les 35 heures ont été terribles pour son métier. «Ce que l’on faisait en six semaines, voilà dix ans, réclame aujourd’hui, trois mois. Qui peut se permettre de fermer un bistro pendant trois mois pour une déco ? » interroge Philippe André. Cela explique, selon lui, la tendance généralisée dans les bistros parisiens au seul “relookage“. «Un coup de barbouille et trois luminaires… et hop on croit avoir un nouvel endroit mais cet éphémère se paye ».

« Il faut se battre pour que le mot conscience professionnelle ne disparaisse pas de la langue française quand on conçoit un bistrot, on conçoit un lieu de vie, on est là pour apporter du bien-être. Il faut que les gens se sentent bien sans avoir à analyser pourquoi. C’est mon métier et je sais que ce qui compte c’est l’état d’esprit avec lequel on fait les choses qui se ressent immédiatement dans l’atmosphère de l’endroit.  »

Réalisations : Brasserie Mollard, Terminus Ballard, Grappe d’Or, Flottes

Partager sur :

Les commentaires sont fermés.