Slavik, prince russe de la déco des années 60 et 70

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Son patronyme sonnait comme un coup de fouet dans la steppe ! et comme la promesse d’un chiffre d’affaires en hausse pour les grands aubergistes de la capitale…

Le décorateur Slavik est mort le 29 août 2014 à Paris à l’âge de 94 ans. Pendant 20 ans, Wiatcheslav Vassiliev né à Tallinn a eu son heure de gloire. Il aurait signé, dit-on, l’aménagement de plus de 400 cafés, hôtels, restaurants et magasins.

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Le Dôme, boulevard de Montparnasse

slavikComme Starck avec le café Beaubourg et les frères Costes, Slavik (ci-contre au premier plan), qui avait commencé sa carrière dans les décors de théâtre, se fera vraiment un nom avec une affaire emblématique : le drugstore Publicis des Champs-Elysées que lui commandera Marcel Bleustein-Blanchet à la fin des années 50. D’autres lieux célèbres suivront, le Jules Verne au 2e étage de la Tour Eiffel, le Pub Renault ou le Sir Winston. D’ailleurs, Slavik déclinera d’ailleurs le style pub à satiété. Mais l’Art Nouveau de la Belle Epoque sera aussi l’une de ses autres grandes influences.

L’homme était généreux et excessif comme un prince russe. «Avant d’attaquer un chantier, il pouvait dès potron minet s’enfiler des harengs qu’il noyait de vodka. Il fallait avoir bonne santé pour le suivre.» raconte Jean-Pierre Laurence qui a longtemps collaboré avec lui sur les luminaires. Ses clients ne devaient pas mégoter s’ils voulaient travailler avec lui. Pas question d’accessoires chinois ou des tissus du Bangladesh. Les boules de verres des lustres étaient soufflées à Murano, île historique des artisans verriers de Venise. Certains pouvaient attendre jusqu’à deux ans pour voir un début d’une ébauche.

 slavik_accentComme tout grand créateur, Slavik voyageait beaucoup et picorait son inspiration au gré de ses pérégrinations. «C’est lui qui m’a donné l’idée du Bar à Huîtres. Il avait découvert un très vieux bar à huîtres de Londres qui avait au moins 150 ans.» explique l’architecte Philippe Damas qui a également beaucoup travaillé avec Slavik.

L’homme a eu aussi ses détracteurs l’accusant de détruire l’âme des bistrots avec ses fausses volutes Belle Epoque. Car comme tous les décorateurs, le père Slavik avait ses manies et ses tics qu’il avait du mal à ne pas reproduire. Mais le fait est que 30 ans plus tard, le travail est tellement bien fait que certaines de ses brasseries semblent presque datées d’un siècle. La qualité de matériaux autant que la conception des lieux ou leur ambiance lumineuse incite aujourd’hui encore leurs propriétaires à retoucher avec doigté plutôt qu’à casser. Ce fut le cas récemment avec les brasseries telles que l’Européen face à la Gare de Lyon rafraîchie par la décorateur Pierre Canot .
Bref, il y a fort à parier qu’un jour le prince russe qui navigue aujourd’hui sur des rivières de vodka verra ici-bas quelques unes de ses œuvres classées.

Quelques affaires signées Slavik :
L’Européen, 21 bis, boulevard Diderot, 75012 Paris
Le Dôme, 108 Boulevard du Montparnasse, 75014 Paris
L’Accent Corse123, rue de la Convention – 75015 Paris

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