L’étain des comptoirs, un métier d’art maintenu grâce au bistro

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Etain_barComme la soie d’un soutien-gorge, l’étain d’un comptoir donne sa sensualité à un bistrot… Ce brillant de l’argent que les Parisiens continuent d’appeler zincs.

Pour les fétichistes bistrotiers, le comptoir en étain est aussi prometteur que le galbe d’une jambe enserrée dans un bas tenu par un porte-jarettelle pour un libertin. Il met en appétit et il est l’indice d’un endroit du bien vivre. L’étain largement diffusé durant les années trente a disparu des comptoirs durant l’Occupation quand les Nazis l’ont réquisitionné pour fondre leurs munitions. C’était d’autant plus facile pour eux de se faire comprendre par les patrons de bistrots que le mot zinc vient par confusion du mot « zinn » qui signifie étain en Allemand. Il est revenu petit à petit durant les Trente Glorieuses mais timidement car l’heure était au formica façon Playtime de Tati.
Le travail de l’étain est un métier d’art qui se maintient grâce au « revival » du bistrot en France. Mais les véritables étainiers se comptent sur la moitié des doigts d’une main. Ainsi en va-t-il de « l’Etainier Tourangeau » installé dans la banlieue de Tours. Avec le retour aux sources du bistrot, l’entreprise -qui emploie sept personnes- connaît un renouveau. Et pas seulement en France puisque 50% de son chiffre d’affaires est réalisé à l’export. A Las Vegas, une brasserie a investi pas moins de 60 000 € uniquement pour le dessus en étain de son comptoir. Et on retrouve ses comptoirs dans d’autres belles affaires de Los Angeles ou de New York. Et l’Allemagne est un client qui monte et qui ne réquisitionne plus…

Etain_moule

Question perception, l’étain est à l’inox ce que le chêne est au sapin. Mais il y a beaucoup plus. Sa couleur argentée, sa malléabilité, sa tendresse, la patine incomparable qu’il prend avec le temps avec le choc des demis de bière ou des petits blancs. C’est bien la patte de l’homme qui permet ce résultat. Un savoir-faire qui ne s’invente pas. «L’étain se travaille très bien, en fusion il est malléable, on peut lui donner n’importe quelle forme contrairement à l’inox qu’il faut emboutir et les soudures sont invisibles » explique Gilles Cheramy, dans l’entreprise depuis 25 ans qui a repris la direction au départ du fondateur Christian Mallet . «Ici tout est coulé, l’étain est fondu dans un creuset. On en fait des feuilles de 3mm après l’avoir pressé entre deux épaisseurs de fontes. Après avoir travaillé longtemps sur un alliage composé de 40% de plomb nous avons mis au point une recette secrète composée à 95% d’étain pour obtenir des feuilles de 3 mm d’épaisseur qui ont une résistance mécanique que les étains industriels laminés n’ont pas». Une fois posées sur leurs comptoirs, encore faut-il travailler les feuilles d’étain. Comme un charpentier avec son rabot, l’étainier travaille son étain avec des lames de plus en plus fines, c’est ce qui donne cet aspect presque veiné comme un beau parquet. Le prix ? De 1000 à 1300 € le mètre linéaire.

Etain_rabot
Et puis, il y a la bordure. Pas de beaux comptoirs en étain sans une belle bordure. Elles sont fondues dans les moules. «Ils sont notre patrimoine, certains remontent à des décennies, ils ont été ramenés de Paris par Christian Mallet.» explique le dirigeant. Pour les motifs, il y a les tendances. Les grappes ont fait fureur durant un temps dans les bistrots à vin. «En ce moment, le motif à la mode dans le jargon des étainiers, est baptisé « cornure Petit Lu » car elle évoque les petits gâteaux du même nom. » Mais pas question de tremper ce P’tit Lu dans le p’tit blanc !

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