Tandis que se préparent les nouvelles perspectives du bar du Meurice, dont on lui a confié les destinées (ouverture en décembre 2007), envisager le travail de Starck à Paris reste une chose complexe. Ici, il est curieusement peu populaire : ses restaurants (Bon) ferment les uns après les autres, après ses boutiques ou ses boîtes (Bains Douches). Ils viennent tous rejoindre le café Costes au seul registre des belles images (toujours très belles).
Tandis qu’il pose sans relâche des repères très chics aux Etats-Unis (côte ouest) ou au Brésil (l’hôtel Fasano ouvert cet été à Rio de Janeiro), la capitale résiste encore à ses charmes. Une authentique curiosité, car peu de designers contemporains possèdent une habileté semblable à manipuler les espaces.
Starck sait jouer des matériaux, des climats lumineux, des tissus et des volumes, avec une maîtrise qui n’a sans doute pas d’égal au monde. L’on pourrait ici attribuer ses échecs plus à la qualité de ses partenaires – le travail du designer trouve l’une de ses caractéristiques dans la nature de ses échanges avec le client – qu’à son travail lui-même. Ce sont ces détails, ceux de dépenses inconsidérées (notamment vis-à-vis des emblématiques toilettes des établissements qu’on lui confie et qui ont initialement contribué à sa gloire), d’une cuisine ou d’une gestion qui ne suivent pas.
Autre aspect passionnant : la disparition du design. C’est dans la grande cuisine décorative, drôle et érudite, que Starck excelle désormais. Non pas une soupe folle, mélangeant 46 épices, mais un curieux ragoût, où le désuet complète le raffiné (le drap blanc et l'abat-jour de soie), le cabinet de curiosités rejoint le laboratoire (bibelots de concierge et art contemporain), encourage la conversation de comptoir entre un philosophe et un musicien (dissertant de la sincérité d'une chanson de variété). Un heureux bavardage où les suggestions crapuleuses ont la chance de devenir une autre forme de délicatesse.