François Villon et sa balade joyeuse des taverniers.

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Gentils mots contre les “taverniers qui brouillent notre vin“. François Villon

I. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS.
D‘une eect de dart, d’une lance asserée,
D’une grant faussait, d’une grosse massue,
D’une guisarme, d’une flèche ferrée,
D’ung bracquemait, d’une hache esmolue,
D’ung grand penart et d’une bisagûe,
D’ung fort espieu et d’une saqueboute ;
De mauIx briguans puissent trouver tel route
Que tous leurs corps fussent mis par morceaul:
Le cueur fendu, desciré par monceaulx,
Le col couppé d’ung bon branc acherin,
Descirez soient de truye et de pourceaulx
Les taverniers qui brouillent nostre vin.
D’ung arc turcquois, d’une espée affilée
Ayent les paillars la brouaille cousue,
De feu gregoys la perrucque bruslée,
Et par tempeste la cervelle espandue,
Au grand gibet leur charongne pendue,
Et briefvement puissent mourir de goutte,
Ou je requiers et pry que l’on leur boute
Parmy leur corps force d’ardans barreaulx;
Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx,
Et puis bouillir en huille le matin,
Desmembrez soient à quatre grans chevaux,
Les taverniers qui brouillent nostre vin.
D’un gros canon la tête escarbouillée
Et de tonnerre acablez en la rue
Soienttous leurs corps, etleurchair dessirée,
De gros mastins bien garnye et pourvue,
De torz esclers puissent perdre la veue,
Neige et grésil tousj’ours sur eux dégoutte,
Avecques ce ilz aient la pluye toute
Sansquesureux ayentrobbes ne manteaulx,
Leurs corps trenchczdc dagues et couteaulx,
Et puis traisnez jusques en l’eau du Rin ;
Desrompuz soient à quatre-vingts marteau Ix
Les taverniers qui brouillen nostre vin.

 

villon-portraiGentils mots pour les Femmes de Paris :
« Il n’est bon bec que de Paris !“

François Villon (1431–?)

QUOY qu’on tient belles langagieres Florentines, Veniciennes,
Assez pour estre messagieres,
Et mesmement les anciennes;
Mais, soient Lombardes, Rommaines,
Genevoises, à mes perilz,
Pimontoises, Savoisiennes,
Il n’est bon bec que de Paris.

De tres beau parler tiennent chayeres,
Se dit-on, les Neapolitaines,
Et sont tres bonnes caquetieres
Allemandes et Pruciennes;
Soient Grecques, Egipciennes,
De Hongrie ou d’autre pays,
Espaignolles ou Castellaines,
Il n’est bon bec que de Paris.

Brettes, Suysses, n’y sçavent gueres,
Gasconnes, n’aussi Toulousaines;
De Petit Pont deux harangieres
Les concluront; et les Lorraines,
Engloises et Calaisiennes,
—Ay je beaucoup de lieux compris?—
Picardes de Valenciennes;
Il n’est bon bec que de Paris.

Prince, aux dames Parisiennes
De beau parler donne le pris;
Quoy qu’on die d’Italiennes,
Il n’est bon bec que de Paris.

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