Libion, premier « prototype » du patron de brasserie parisienne

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Avant Cazes (Lipp) ou Boubal (Flore), l’Auvergnat Victor Libion, patron de la Rotonde est le premier prototype du patron qui rend populaire son bistro par son talent à sympathiser avec les artistes et à en faire un endroit recherché pour son ambiance.

D’abord, il s’agit de transformer le bistrot ouvrier acheté en 2011 en vraie brasserie. Il a achète les deux boutiques mitoyennes. Mais surtout, il applique l’idée –valable plus que jamais aujourd’hui – qu’une brasserie qui marche tient par son patron qui lui transmet une part de son âme.

Moïse Kisling, "Pâquerette" et Pablo Picasso à la Rotonde en 1916, photographie de Jean Cocteau.

Moïse Kisling, « Pâquerette » et Pablo Picasso à la Rotonde en 1916, photographie de Jean Cocteau.

Un type qui ne fait pas que servir à boire et offrir une tournée de temps en temps, mais plutôt un savant dosage d’intelligence et de psychologie du contact,. Un type sachant cadrer ses clients tout en leur donnant l’illusion de la liberté et de l’évasion. Un type aussi avec du goût et un esprit un peu mécène…même si c’est un mécénat qui peut rapporter beaucoup sur le long terme.

Ainsi était Victor Libion dont on rapporte qu’il était le seul à savoir calmer Modigliani, comme l’indique Sylvie Buisson dans son article consacré au Boulevard Montparnasse, dans l’ouvrage  « Paris et ses cafés ».

Un copain des artistes fauchés et cosmopolites, pas simplement focalisé sur le tiroir-caisse, un type capable de laisser l’artiste dormir sur les tables ou de prendre le temps de développer sa théorie du cubisme en terrasse sans lui réclamer de reprendre une consommation. Le succès de la Rotonde qui a vu défiler Picasso, Derain. Libion, paya cette liberté cher. En 1918, il dut vendre la Rotonde après des accusations de trafic de drogue.

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