La bistrophobie et la vinophobie de Céline

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 Céline ne sera donc pas célébré cette année pour le cinquantième anniversaire de sa mort. Le ministre de la Culture a préféré demeurer dans le politiquement correct tant il est vrai qu’avec Céline, on marche sur des œufs. La grandeur de l’écrivain n’a d’égale que les nausées déclenchées par son antisémitisme. Il en va ainsi de « Bagatelles pour un massacre », pamphlet interdit de publication et dans lequel le docteur Destouches ne fait pas que tomber sur les juifs. Avec lui, les bistrots et tout leur univers, comme les viticulteurs -plutôt les gros négociants de pinard- passent aussi un sale quart d’heure.

Extrait :

«Le Roi Bistrot, possède, lui aussi, tous les droits, par accord politique absolument intangible, à l’immunité complète, au silence total, à tous les encouragements, pour l’exercice de son formidable trafic d’empoisonneur et d’assassin… Rien ne peut le troubler : la presse, la radio, les Préfets, l’État entier lui sont, pour son négoce, entièrement soumis, à ses ordres, empressés, effrénés à mieux le servir… Les deux lions rugissants de la publicité contemporaine au-dessus de tous les autres fifres, sont Cinéma l’abrutisseur et Vinico l’empoisonneur. Effleurer les abracadabrants privilèges de la vinasse, voici le seul crime en France rapidement châtié… La France est entièrement vendue, foie, nerfs, cerveau, rognons aux grands intérêts vinicoles. Le vin poison national !… Le bistrot souille, endort, assassine, putréfie aussi sûrement la race française que l’opium a pourri, liquidé complètement la race chinoise… le haschisch les Perses, la coca les Aztèques…


Jamais les affaires de la limonade n’ont été si encourageantes, jamais les grands apéritifs n’ont connu pareille prospérité. Regardez un peu leur matériel ?… Quel luxe !… Un perpétuel 14 juillet… La démocratie déborde… Jamais la publicité du vin (et dérivés vins cuits etc.) ne fut tellement effrontée, tellement insolente… L’outrecuidance des grands nectars est à son comble… Que risquent-ils ?… Rien !… Les 350 000 bistrots de France ont tout remplacé dans la vie des masses… L’église, les chants, les danses populaires, les légendes, etc. Le petit peuple, la foule la plus pauvre, est amenée, drainée au zinc comme le veau à l’abreuvoir, machinalement, la première station avant l’abattoir. Le peuple ne ressent plus le besoin d’autres choses que de nouveaux bistrots, « plus de loisirs et plus de bistrots « 

Dans son rejet du vin et du zinc, assommoir des masses, il y a aussi cette obsession de la pureté de la race. Car très vite le médecin hygiéniste est devenu « racialiste ». De la procéderait bien sûr, selon les connaisseurs de Céline, son antisémitisme viscéral.

Ne parlons pas du Vin.

«Le picrate lui aussi ne possède que des vertus, des références unanimement, suprêmement favorables une bonne fois pour toutes, c’est entendu ! promulgué à milliards annuels… Le pinard n’est jamais autre chose qu’inoffensif, anti-rachitique, hygiénique, gaulois, digestif, antiseptique, fortifiant, carburant de l’Intelligence (le peuple le plus spirituel du monde) et panacée au surplus de « longue vie ». Mais la mortalité française demeure malgré tout l’une des plus élevées du monde…

A cet égard, comme à tous les égards ou presque, en dépit des lourds tombereaux d’écœurantes flagorneries que nous déverse à pleines colonnes poubelles et chaque matin notre jolie presse démagogique, la France demeure un des pays les plus arriérés du monde… Chiffres en mains. Rendons cependant justice au pinard. Rien ne saurait le remplacer pour pousser les masses au crime et à la guerre, les abrutir au degré voulu. L’anesthésique moral le plus complet, le plus économique qu’on connaisse, c’est le vin ! Et de première force… « Un coup de clairon ! Et ils voleront tous aux frontières !  » Prétend Gutman. Il a raison Gutman, il voit juste. « Ayant bu !  » Ajoutons ! Le clairon ne suffit pas. Le cœur au ventre c’est  » vin à discrétion « … Le clairon cocoricant c’est la musique, l’âme même du vin…

Cette haine farouche du pinard et du lobby viticole s’explique. L’œuvre majeure de Céline – « Voyage au bout de la nuit » – est née de son expérience de la Grande Guerre. De là, sans doute ce rejet absolu du gros rouge, du « jaja » abrutissant qui a permis aux poilus de supporter l’insupportable pendant que les gros négociants viticoles s’enrichissaient comme les marchands d’obus…

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