L’histoire insolite des cafés parisiens

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C’est une plongée vivifiante dans le passé que nous propose Gérard Letailleur. Une occasion de vérifier que l’histoire de Paris et de ses Cafés demeure un inépuisable vivier de bons sujets. Et chaque auteur y imprime sa sensibilité en fonction de l’accent mis sur telle ou telle période.  Attention, l’ouvrage ne fait pas de concessions à la grande Histoire mais fourmille d’anecdotes savoureuses. Elles montrent bien que tavernes, estaminets, cabarets et cafés ont constitué plus que pour n’importe quelle autre ville un des principaux attraits de Paris.

histoire_insolite_cafeL’ouvrage met en lumière ses traits de caractère permanents qui ont fait la personnalité de la Ville Lumière au fil des siècles. A commencer par cette passion œnologique qui ne s’est atténuée que ces vingt dernières années. Qui ne rêverait de se projeter dans le temps pour admirer l’étendue des vignobles tout autour de Paris sous Louis XIV et goûter le vin de Chaillot.
Ce livre est aussi l’occasion d’un coup de zoom pour ceux qui sont derrière les comptoirs. Ces taverniers parisiens, jamais manchots pour trafiquer le vin, que même Saint-Louis est impuissant à mettre au pas. Avec le Grand Siècle du Roi Soleil, l’arrivée du café turc bouleverse toutes les habitudes. L’auteur nous plonge avec délices dans les soirées au Procope. Dans ces soirées de poètes et de philosophes, mieux valait faire provision d’épigrammes et de bons mots.

Des mots d’esprits à la politique il n’y eut qu’un pas, et l’on suit la vie des cafés de la révolution et de ces moments charnières où ceux-ci deviennent des clubs. Comme le café de Foy où les Jacobins boutent les Muscadins hors des murs et font brûler du genièvre. Plus tard, les cafés se peupleront de mouchards… Au lendemain de Waterloo, on peut goûter le chauvinisme du café Very. Ainsi à un Prussien qui exige d’être servi dans une tasse où aucun Français n’a jamais bu, le garçon amène un pot de chambre…Reste que les limonadiers parisiens vont profiter de l’occupation des coalisés en lançant une nouveauté appelée à un bel avenir, les terrasses, apanage des cafés des grands boulevards, tels que les cafés Riche, Tortoni, Very…

L’ouvrage ne fait pas l’impasse sur cette période de rupture que furent également le Directoire et l’Empire pour la gastronomie. C’est à cette époque qu’apparaît le restaurateur – dont Beauvilliers est l’incarnation- avec ses propositions de plats recherchés. Perdrix du Quercy, pâtés de gournay, anchois de Fréjus on découvre que l’attrait des Parisiens pour les produits du terroir ne date pas d’hier. Même s’il y a aussi des bouges où l’on vous sert des faux escargots …

L’auteur n’oublie pas de faire un détour par les cafés chantants plutôt grivois des débuts de la 3ème République. Le XXème siècle n’est pas en reste avec l’âge d’or de Montparnasse, sa Closerie des Lilas et ses bagarres homériques de poètes et de surréalistes, sa Rotonde et son génial Libion, sa Coupole, chef d’œuvre Art Déco, à laquelle participa bien des artistes de l’époque. Gérard Letailleur n’oublie pas les années d’or germanopratines sans oublier de citer la litanie de petits et grands cafés avec leurs habitués célèbres.

Bref, même si bien des aspects sont connus des connaisseurs et même si quelques points peuvent être débattus, comme l’origine du mot bistrot, il ne serait pas mauvais que les cafetiers actuels posent cet ouvrage sur leur tables de chevet…Façon de déclencher une prise de conscience qui ne pourrait être néfaste à l’ambiance dans nos chers cafés. Ils pourraient y gagner un petit supplément d’âme.

Histoire insolite des cafés parisiens.
Gérard Letailleur, préface de Jean Piat
Editeur Perrin
22 €

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