Guinguettes ou cafés, la douceur de vivre des Lumières avant le cataclysme révolutionnaire …

0

«Le mur murant Paris, rend Paris murmurant». En 1785, la formule fait mouche contre les fermiers généraux aussi opulents que détestés.

Alors que Louis XIV avait fait tomber les fortifications de Charles V, voilà que l’on rebâtit un mur autour de Paris. Long de 24 km, haut de 3,20 m, il isole Paris avec un terrain inconstructible de 100 m. Ce mur n’a qu’un but : faire payer le Parisien.
Les fermiers généraux, ceux-là mêmes qui font des avances au roi de sommes formidables, se remboursent sur le dos du bon peuple en «percevant les droit d’octroi de tout ce qui rentrent à Paris. Du coup, comme le vin évidemment est l’un des produits les plus taxés, (près de 50% des recettes fiscales d’octroi, presque autant que le pétrole aujourd’hui) il vaut mieux sortir hors des murs de la ville pour aller prendre un pot, surtout si l’on a très soif…

murfermier
Ainsi s’explique la floraison des guinguettes aux barrières de Paris. C’est là, dans les faubourgs, de Bercy ou de Vaugirard, que le peuple et petits bourgeois viennent danser et s’encanailler et s’enivrer. Parfois à mort.

Curieusement, par un paradoxe dont ce siècle a le mystère, ces fermiers généraux, aussi honnis du petit peuple que pourrait l’être aujourd’hui un Messier de l’ex-Vivendi, sont des mécènes qui protègent artistes et écrivains, ceux-là même quivont contribuer à la chute de l’Ancien Régime. Grimaud de la Reynière, fameux gastronome est le fils de l’un deux.

A côté des guinguettes, les cafés “intra-muros“ fourmillent d’idées neuves et dangereuses contre la religion ou l’absolutisme de la monarchie. Là fleurissent placards et libelles quasi-obscènes par exemple contre “l’Autrichienne et son impuissant de mari“.
Dans les salles, au comptoir, les frustrations du bourgeois s’exaspèrent contre cette noblesse qui ne cesse de verrouiller ses privilèges que ce soit pour une bonne place au théâtre ou à l’armée. Ainsi, à partir de 1781, être officier dans l’armée implique de posséder quatre quartiers de noblesse. Au diable courage au front ou intelligence tactique.`

 

imagesExtrait  Paysan perverti ou les Dangers de la Ville de Nicolas Rétif de la Bretonne, Le

«Quel coup d’ oeil pour un philosophe, que celui de cette foule d’individus qui se touchent, dont l’ un se contente d’un jour de plaisir sur sept ; et dont l’autre emploie à se divertir les jours et les nuits, qu’il trouve trop courts encore!

L’ouvrier supporte jour et nuit les plus rudes travaux, dont il sait que rien ne peut l’affranchir que la mort, dans l’espoir d’ aller le dimanche à la guinguette, boire du vin détestable, avec le grossier et peu ragoûtant objet de son amour ; le valet, ravalé au-dessous de la qualité d’homme, mis sur la même ligne que les chevaux et les chiens de son maître, endure les mépris, quelquefois les coups, toujours l’impertinence, et applaudissant lui-même à sa dégradation, voue son existence au faste et aux commodités d’ un autre, dans l’espoir de survivre à son tyran, et d’avoir part à ses tardifs et mal assurés bienfaits.
Je me suis logé dans le faubourg saint Marceau, chez une blanchisseuse : …
J’ ai été aux guinguettes, j’ ai fréquenté les billards, tous les endroits où la crapuleuse débauche rassemble la canaille : je me suis plongé dans un océan de turpitude.
Pénétré de mépris pour moi-même, j’ ai rompu avec toute connoissance honnête ; et si
l’habitude du plaisir m’ en fait encore sentir le besoin, je vais tristement m’ assouvir
avec les malheureuses du plus bas rang.»

Partager sur :

Les commentaires sont fermés.