Les dandys prennent d’assaut les grands boulevards

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De Waterloo à la Belle Epoque, les Grands Boulevards ont attiré dans leurs cafés immensément célèbres, le Tout Paris et les têtes couronnées de la vieille Europe. Du Café de la Paix à Tortoni, ce fut l’âge d’or des cafés. Mais les cafés des grands ne sauraient faire oublier le chaudron révolutionnaire qui bouillonne tout au long du siècle dans les cabarets des faubourgs.

Dandys sur un café des boulevards

Dandys sur un café des boulevards

Outrageux et extravagants gandins* et dandys ! Les « minets » de la Restauration s’affichent sur les cafés des grands boulevards*. Les pieds calés sur la chaise, ils lorgnent le défilé de belles qui se promènent sous leurs ombrelles en lançant de s œillades andalouses.

bistro1840_dragueAvec le XIXème siècle, le centre de Paris s’est déplacé vers la partie Ouest, vers les boulevards des Capucines, des Italiens et de la Madeleine… Ce sont les royalistes qui ont d’abord choisi de s’y fixer, d’où l’appellation de Petit-Coblentz (référence aux Emigrés qui s’étaient réfugiés à Coblence durant la Terreur), car le Palais Royal, était jugé trop “révolutionnaire”.

Des terrasses des grands boulevards en mars 1814, on a regardé et applaudi aux défilés des troupes des coalisés : Cosaques, Autrichiens, Prussiens, Anglais venus conclure l’aventure napoléonienne.
Tout au long du XIXème, les cafés des grands boulevards vont donner le ton et lancer les modes pour longtemps. Des cafetiers de génie ont accompagné ce déplacement de l’élite festive de la restauration.

A commencer par Tortoni* , durant les deux tiers du XIXème son nom va évoquer Paris et ses cafés. Près de deux siècles après son compatriote Procope, Tortoni, glacier Napolitain a su attirer les plus mondains avec des glaces, des miroirs, des candélabres et sa terrasse. Mais il n’est pas seul évidemment.

Honoré de Balzac : Un extrait des “Illusions perdues

“Lucien donna vivement un soufflet à Michel, qui ne s’y attendait pas. Les dandies et les amis de Michel se jetèrent entre le républicain et le royaliste, afin que cette lutte ne prît pas un caractère populacier. Rastignac saisit Lucien et l’emmena chez lui, rue Taitbout, à deux pas de cette scène, qui avait lieu sur le boulevard de Gand, à l’heure du dîner. Cette circonstance évita les rassemblements d’usage en pareil cas. De Marsay vint chercher Lucien, que les deux dandies forcèrent à dîner joyeusement avec eux au café Anglais, où ils se grisèrent.
– Etes-vous fort à l’épée ? lui dit de Marsay.
– Je n’en ai jamais manié.
– Au pistolet ? dit Rastignac.
– Je n’ai pas dans ma vie tiré un seul coup de pistolet.
– Vous avez pour vous le hasard, vous êtes un terrible adversaire, vous pouvez tuer votre homme, dit de Marsay.“

 

* le terme Gandin provient du nouveau nom donné à la Restauration aux boulevards, le boulevard de Gand.
*C’est à Louis XIV que l’on doit la création des boulevards des Capucines, après la destruction des enceintes du Paris médiéval de Charles V.
*Tortoni est depuis 1858, l’un des cafés les plus célèbres de Buenos Aires.
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