Interview Aimé Guibert, fondateur du Daumas-Gassac

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«Quel dommage que Mondavi père ne soit pas resté en Sicile , le fils aurait fait un vin de toute beauté.»

A l’époque, il avait défrayé la chronique viticole. En 2001, Robert Mondavi avait projeté de s’installer en Languedoc dans la région d’Aniane. Alors que les grands élus locaux lui avaient accordé un bail à long terme escomptant un développement économique pour la viticulture locale, Aimé Guibert, fondateur du Daumas-Gassac – l’un des vins de pays les plus chers de France- avait pris la tête de la révolte et l’avait emporté.

Des deux côtés de l’atlantique, cette affaire avait pris une portée symbolique. Les Américains y voyant ce côté typiquement français d’empêcheur de tourner en rond. De leur côté, les Français y voyaient une fois de plus le bulldozer américain qui nivelle tout – y compris les produits du terroir- sous une pluie de dollars. Aujourd’hui encore fidèle à son image déclinée notamment par le film Mondovino, Aimé Guibert se place sur le terrain de la philosophie humaniste qui met l’homme en avant et méprise l’argent. Ainsi ne trouve-t-il aucun aspect positif à l’œuvre de Mondavi marquée du sceau de la puissance de l’argent et du volume produit.

aniane

Sept ans après l’affaire d’Aniane, voyez-vous un aspect positif au bilan de Mondavi ?
On doit à l’Amérique de croire que gros c’est bon et que l’argent signe le succès. L’argent ça détruit et le milliard ne représente rien. Le volume, c’est la mort de l’humanité. Mondavi, représente à cet égard le triomphe du volume et du monde moderne. L’art vigneron pratiqué dans la vallée de la Loire ou dans le Languedoc, ces petits vignerons au service de la terre qui créent des vins qui leur ressemblent, c’est ça qui compte à mes yeux. Rien d’autre. Le monde moderne nous présente des vins simplifiés qui n’ont plus rien à dire. Ils n’ont aucun défaut mais ils sont sans âme. C’est ça qui tue l’homme. On ne veut plus que cinq espèces de cépages, et dix vignerons en France. Mondavi, à mes yeux, est un peu le symbole de cet état de fait.
Le monde s’uniformise, et il faut croire que l’avenir de l’homme passe par la mort de tous les beaux produits. Si on est républicain, on ne peut pas adhérer à cet état des choses.

daumasN’y a-t-il pas une similitude de parcours entre Mondavi et vous-même, vous fûtes, tous les deux, hommes de rupture, en créant le vin que vous vouliez ?
Je n’ai pas fait un vin, j’ai servi la cause de l’humanisme européen. A Daumas-Gassac, j’essaye de sauver toutes les grandes variétés historiques de cépages. A commencer par le néheleschol, cépage biblique qui a donné le vin du miracle des Noces de Cana.

En matière de technique viticole, Mondavi n’a-t-il pas influencé les façons de faire, notamment sur le plan de la qualité ?
Non. Depuis quarante ans, s’il y a eu des changements majeurs en Languedoc, cela a été le fait de parcours individuels. Il y a 200 à 300 vignerons qui font des choses remarquables. Ils sont au service de la terre et des hommes. Quel dommage que Mondavi père ne soit pas resté en Sicile , le fils y aurait fait un vin de toute beauté.

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