« Le Vin Snob », à consommer sans modération

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Le Vin snob… C’est le titre glamour du nouvel ouvrage de Jacques Orhon, journaliste, écrivain, grand dégustateur, artiste-sommelier, membre élu de la recherchée Académie Internationale du Vin.
Sa gouaille, sa belle humeur sont légendaires et font de Jacques un personnage apprécié de ses pairs. Sa franchise aussi.

Globe-trotter installé au Québec, il ne prend pas la couleur des pierres sur lesquelles le hasard l’a posé.
L’univers du vin, Jacques le connait bien. C’est vrai le vin, ce divin breuvage s’est enflé de prestige. Au fil du temps, il est aussi devenu un produit de marketing, s’est attribué un vocabulaire particulier qui impressionne les simples amateurs.

Le vin a perdu le peuple.

Dans cet ouvrage sérieux et drôle, tout est passé au crible. La fébrilité des notés lors des notations du redoutable Parker, l’obsession du millésime, le langage précieux, ésotérique, ou volontiers obscur pour enfermer le vin, ce produit culturel, dans une cage dorée. Sans compter les vins des stars, les vins dits de garage…
Tout cela est bien analysé par notre artiste-sommelier. Jacques sait remettre les pendules à l’heure même s’il reconnait que l’univers du vin est de plus en plus complexe.
Mais si tout ce cinéma autour du vin n’existait plus ? Le vin risquerait d’être un produit ordinaire, sans aura, et ce serait dommage. Alors restons un tantinet vineusement snob…mais pas systématiquement !
« Le vin snob » de Jacques Orhon
Les Editions de l’Homme
Prix : 18 euros

 

Extraits :
Qu’y a-t-il de pire, en matière de vin, que de se rendre aux extrêmes et d’en rajouter alors que ça peut être si simple ? On peut bien sûr défendre des idées et des principes, améliorer des façons de faire et mettre des fois les points sur les «i», surtout dans un contexte professionnel, mais la promotion et la connaissance des produits afin de boire intelligemment ne devraient pas empêcher la souplesse dans la pensée, la modestie dans le propos, le recul et la mesure dans l’action. À ce que je sache, on ne fait pas dans la médecine nucléaire, et comme ma mère me l’a si bien appris, beaucoup d’humour et un peu de fantaisie, dans le sens de l’imagination et de l’originalité, n’ont jamais fait obstacle à la rigueur, à la précision du discours. Diverses personnes m’ont con é avoir été si intimidées par ce snobisme qu’elles se sont détachées du plaisir du vin, et c’est bien regrettable. D’autre part, je me suis déjà posé la question du bien-fondé de gagner ma vie avec ce produit communément apparenté au monde du luxe – un mot dont je me méfie puisque je partage sans réserve la pensée de Sacha Guitry qui disait que le luxe est une affaire d’argent, et l’élégance une question d’éducation. Je pense à ce propriétaire bordelais alléguant, non sans raison, qu’il n’y a pas un vin sur terre dont les mérites justifient de payer plus de 100 $. Je pense en outre à ceux qui croient encore qu’il est nécessaire de dépenser une fortune pour boire bon, oubliant que le vin, aussi grand soit-il, n’est en fait que du jus de raisin fermenté. Il faut bien admettre, quand on pense à tous ceux qui vivent, plutôt qui survivent avec 50 $ par mois, que le prix de certains flacons con ne au scandale et à l’injustice. Je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières, mais peut-on garder un cœur de pierre à la vue de cette fillette qui vit dans un total dénuement – c’était en Argentine, dans la sublime vallée du Rio Calchaqui où des autochtones tentent de produire du vin – et qui vous sourit malgré l’indicible tristesse qui persiste dans le fond de ses yeux ?




Yes my dear ! C’est british et c’est chic !
On peut dire que le recours à l’anglais et aux anglicismes pour vendre sa salade s’est généralisé en France. On peut mettre sur le dos de l’ignorance cette chue habitude de nombreux organismes et maisons françaises de nous envoyer (au Québec) des communiqués rédigés uniquement en anglais; mais il n’empêche que, voyant les anglophones faire la pluie et le beau temps dans le monde du vin, les Français pensent que c’est en parlant en anglais qu’ils vont s’en sortir, alors que c’est par leur spécificité, sans tomber dans les lieux communs, qu’ils sauront se distinguer. J’ai fait ma petite enquête et il semblerait que l’anglais, c’est beau- coup pour faire chic, et surtout moins plouc1. Eh bien, et cela n’engage que moi, je trouve qu’on fait très plouc quand on parle une langue qu’on ne maîtrise pas, avec souvent un accent à couper au couteau, juste pour faire moderne et dans le vent. C’est un peu comme une femme qui tient à tout prix à porter des talons aiguilles. La pauvre, en plus d’une allure qui donne l’impression qu’elle marche sur des œufs, pire encore, sur un champ de mines, elle souffre en se tordant les chevilles pendant que les autres se tordent de rire… Pour revenir à la langue de Shakespeare, je viens d’apprendre que la cave coopérative de Saint-Tropez a mis en vente un rosé qui porte le nom de MIST, pour «made in Saint-Tropez». Bravo! Mais le vin cause problème – un peu – pour la clientèle anglo-saxonne puisque mist signifie en anglais «brume» ou «brouillard». Pire encore pour la clientèle germanique qui se rebiffe avec raison devant une cuvée qui porte, en allemand, le joli nom de « fumier »… !

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