Le Vin Français, un chef-d’œuvre en péril

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chefdoeuvre1C’est un livre écrit avec les tripes. Un ton pamphlétaire et quelques diatribes distribuées à tous les ennemis supposés du vins français : anti-alcoolos qui vous traitent d’alcooliques à deux verres de vin par jour, technocrates européens, négociants, INAO. Un livre écrit à charge mais sans que les accusés n’aient beaucoup droit à la parole…
On croirait lire un discours électoral de Philippe de Villiers quand Alexandre Rougé tombe à bras raccourci sur l’Europe. Pour l’auteur, en remplaçant les AOC par les AOP (Appellation d’Origine Protégée) l’Europe va faire baisser le niveau de qualité générale. Il faudrait bien voir le niveau de nos vins si c’était la France et non l’Europe qui se retrouvait toute seule à négocier à l’OMC. Il y aurait fort à craindre que les vins de terroirs ne passent derrière les Airbus et autres centrales nucléaires d’Areva.

La fureur du propos ne manque pas de nous faire prendre conscience de certains points qu’il est important de garder à l’esprit. Notamment sur l’omniprésence du chimique dans les vignes, et de ses effets. D’abord on a désherbé, ensuite devant les sols morts, on a eu recours aux engrais de synthèse avant de finir avec les traitements systémiques. Sans oublier dans les chais les recours aux levures et au soufre à forte dose. «Dans leur immense majorité, les vins produits aujourd’hui en France et dans le monde, sont donc plus ou moins dangereux.». Alexandre Rougé n’a de cesse de le prouver jusqu’aux lycées agricoles qui sont pour lui des écoles de chimie. A ce titre, son livre est un plaidoyer pour la biodynamie.

Son ouvrage n’oublie pas de mettre en lumière les péchés viticoles bien français d’une profession. Des syndicats d’AOC de plus en plus dominés par les négociants. Et surtout une perte croissante du lien au terroir. L’AOC est devenue synonyme de rendement et on a foulé aux pieds les espoirs qu’avait mis en elle son promoteur, Joseph Capus.
Sur ce point, l’INAO n’échappe pas à la critique, y compris son actuel président, Yves Bénard, ancien de chez Moët, et incarnation à ce titre du poids des négociants et des stratégies de marques dans le monde du vin.

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Mais dans son rejet de la mondialisation, Alexandre Rougé semble oublier que même dans le Nouveau Monde, on commence à reconnaître et à comprendre la notion de terroir. Et que sa force est d’être intimement liée au concept de développement durable. Celaa servira peut-être d’argument marketing aux plus malins mais cela laisse aussi une sacrée lueur d’espoir…

Le Vin Français, un chef-d’œuvre en péril
Alexandre Rougé
Res Publica Editeur -prix 18,90€

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