Interview de David Raynal, auteur de « La Bande à Picasso »

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Comment votre grand-père a rencontré Picasso et les autres ?

A 20 ans, à la mort de son père, mon grand-père a hérité de 100 000 francs or. Intéressé par l’art et la littérature, il a filé à Montmartre où se concentrait l’avant-garde. Il y rencontre des gens qui ont des trajectoires totalement originales, des peintres bien sûr, mais aussi des sculpteurs, des céramistes ou des écrivains comme Cendrars ou Mac Orlan. Toutes les disciplines y sont représentées de façon cosmopolite. Là, il sympathise avec la bande du Bateau Lavoir à commencer par Picasso que lui a présenté Max Jacob. Avec son pécule, il finance les premières expositions de la période bleue Picasso et les mardis Vers et Prose de Paul Fort à la Closerie des Lilas.
C’était une sorte de salon littéraire qui se tenait à la Closerie des Lilas où le tout Paris artistique se réunissait. Apollinaire, Max Jacob, André Gide, Picasso, Brancusi, mais aussi les apôtres du futurisme, les Italiens Marinetti et Tommaso. La Closerie des Lilas est alors le trait d’union des deux pôles de l’art, Montmartre et Montparnasse.

(Le Verre d’absinthe, printemps 1914, Paris Bronze peint et sable, cuillère à absinthe. 21,5 x 16,5 x 6,5 cm Donation Louise et Michel Leiris, 1984 - AM 1984-629 © Picasso Administration)

(Le Verre d’absinthe, printemps 1914, Paris
Bronze peint et sable, cuillère à absinthe.
21,5 x 16,5 x 6,5 cm
Donation Louise et Michel Leiris, 1984 – AM 1984-629
© Picasso Administration)

Comment se répartissaient les artistes entre les deux pôles du Paris artistique, Montmartre et Montparnasse ?
Outre les Français, Montmartre attirait plutôt des artistes latins. Ainsi, les Espagnols, qui avaient le sang chaud, étaient paradoxalement stricts dans leur façon de peindre. Leur cubisme utilisait très peu de couleurs. A Montparnasse, en revanche, se concentraient plutôt des artistes venus des pays d’Europe de l’Est. Tous peignaient des tableaux extrêmement colorés. Il suffit de voir les œuvres de Kisling, Chagall, ou encore de Marie Vassiliev. C’est le paradoxe, les méditerranéens de Montmartre se limitaient sur les couleurs, tandis que les septentrionaux de Montparnasse multipliaient les couleurs. C’est la recherche des contraires.
Ces deux pôles étaient reliés par la ligne de métro Nord-Sud (la ligne 12-NDLR). Ce nom est devenu d’ailleurs le titre de la revue d’Art du poète Pierre Reverdy. Il exprime bien la confrontation à l’époque entre toutes les tendances de l’art.

Maurice Raynal, La Bande à Picasso
Editions Ouest-France
Prix : 35€

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