Daniel Carton, les bonnes cartes et la politique

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carton_bistroIl vient de sortir Une campagne Off chez Albin Michel, ou la “chronique interdite de la Course à l’Elysée”. Au fil de ses ouvrages, Daniel Carton, ancien journaliste politique du Monde et du Nouvel Obs, s’emploie à dénoncer les errements et les liaisons incestueuses entre personnel politique et personnel médiatique, symbolisés par ce fameux « Off ». Ce mot, que tous les journalistes connaissent et qui signifie à la fois l’entre-nous complice et le mur où s’arrête la Vérité. Un Off qu’on pratique évidemment sur les tables parisiennes … que Daniel Carton connaît bien. Petit tour parisien des adresses politiques.

La politique a toujours eu ses bonnes tables ?
Jusqu’à la fin de la IVe République, il y avait Lipp et Lucas Carton, place de la Madeleine, plutôt à droite. Lipp, c’est la réconciliation de Pompidou et de Giscard, c’est là que Mitterrand a appris la mort de Pompidou en 1974. Lapérouse, était une grande adresse gaulliste, car c’est là que le Général a remonté le RPF. Les restaurants les plus courus ont toujours été proches de l’Assemblée, par exemple Chez Françoise, l’enseigne la plus discrète sous les Invalides ou Tante Marguerite rue de Bourgogne, table préférée de Rocard. Rue du Bac, on trouve la Ferme Saint-Simon du mari de Denise Fabre ou l’atelier Robuchon qui attire les femmes qui ne veulent pas prendre un gramme.
L’annexe du Sénat s’appelle la Méditerranée, place de l’Odéon. Le Fouquet’s va sans doute redevenir la table à la mode.

Existe-t-il de nouvelles adresses qui se sont dégagées ces dernières années?
Les Costes ont gagné leurs galons dans la politique, leurs établissements ont pris le relais des établissements traditionnels. Cela a commencé avec l’Avenue si bien placée, au coin de la rue François 1er entre RTL et Europe 1, où l’on se retrouve après les interviews du matin pour un petit-déjeuner… S’est ajouté à cela l’Esplanade devant les Invalides. Et puis les politiques ne se laissent plus aller sur le pinard ou le tablier de sapeur, aujourd’hui ils payent pour ne plus manger. Et chez les Costes, ils sont servis. Tout comme au premier étage du Flore, où l’on peut déjeuner d’une salade légère et chère.

Y-a-t-il des tables de droite et des tables de gauche ?
Disons que les socialistes apprécieraient les cafés de la Rive gauche, Deux Magots ou Flore, tandis que la droite se tourne davantage vers les buffets des grands hôtels comme le Georges V, le Bristol ou le Plazza Athénée, ou encore le Hyatt de la rue de la Paix. Les restaurants des grands hôtels demeurent les favoris aujourd’hui plus que jamais. Y compris pour les petits-déjeuners.

Y-a-t-il une raison particulière à cela ?
Dans un grand hôtel, il y a de la place entre les tables, on peut donc discuter sans être entendu, ne pas être filmé par un téléphone portable voisin. Mais il faut faire attention dans ce genre d’endroit au moment où l’on est servi car certains employés ont d’autres appointements …

Bon mais dans les hôtels, il y a aussi des chambres ?
Oui, certaines servent de lieu de rencontre pour des 5 à 7 comme le Raphaël par exemple.

Les hommes politiques payent-ils toujours leurs additions ?
Il y a eu une époque où le liquide leur coulait des doigts, notamment avec les fonds secrets des ministères, il n’y avait pas de problème. Certains avaient l’habitude de ne pas y penser… Mais Mitterrand dans un restaurant, quelle retombée pour le restaurateur ! D’autres, tels que Jack Lang, à force d’abuser étaient devenus la hantise des restaurateurs.

Et les habitudes culinaires des uns et des autres ?
Comme chacun sait Mitterrand était un gourmet capable d’aller déjeuner d’un coup d’hélicoptère en Provence. Il a pas mal fréquenté la Gauloise ou le Divellec réputé pour son poisson, à la sortie duquel Mitterrand sera surpris par les photographes de Paris Match avec Mazarine. Chirac, lui, c’est plutôt la Brasserie. Il emmenait son petit-fils bruncher le dimanche chez l’américain Joe Allen près des Halles. Quant à Nicolas Sarkozy, c’est salade au vinaigre balsamique et pas une goutte de vin…sauf quand il fait campagne auprès des vignerons.

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