L’arrivée des « titres restaurants » dématérialisés dans les bistrots

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C’est une petite révolution dans les titres restaurants qui concerne 3,8 millions de salariés, 120 000 entreprises et 180 000 professionnels. Depuis un décret entré en vigueur le 2 avril, les entreprises peuvent proposer à leurs employés des titres dématérialisés pour payer leurs repas. Soit avec une carte à puce, soit avec un smartphone.

Le nouveau système augure de profonds changements. D’abord, le titre dématérialisé est « sécable ». Plus besoin de faire l’appoint pour compléter le montant d’un ticket sur lequel le restaurateur n’avait pas à rendre la monnaie. Désormais on pourra payer le prix demandé au centime près mais sans dépasser un plafond de 19€ par jour. Sauf dimanche et jour feriés. En principe, on pourra prendre un plat du jour dans tel bistrot et un dessert ou un café dans un autre. Les salariés pourront suivre leurs dépenses sur internet et ne plus tirer un trait sur des dizaines d’euros perdus avec les tickets au fond des poches. Durable, le nouveau système devait permettre à terme d’économiser des tonnes de papier et d’encre.

Avantage pour les restaurateurs, ils ne seront plus payés au bout de 21 jours après un fastidieux travail de comptage comme aujourd’hui avec les titres papiers. Ils seront payés dans un délai de 2 à 4 jours.

Malgré tout, la grogne monte. Le niveau des commissions réclamées par les acteurs historiques fait sérieusement tiquer le profession. Indépendants ou affaires de groupe, tous rejettent le taux de 3,80% du montant de la transaction. «Nous sommes favorables à la dématérialisation mais refusons d’être les « pigeons » de certains émetteurs historiques qui abusent de leur position pour nous faire passer des hausses de marge scandaleuse et sans justification dans un climat difficile pour le secteur.»  explique-t-on au Directoire du Groupe Frères Blanc (la Lorraine, Au Pied de Cochon etc..). Des négociations sont en cours entre syndicats et opérateurs. (Lire ci-contre l’interview de Laurent Delmas, DG d’Edenred). Les restaurateurs réfutent notamment l’argument des acteurs de se présenter comme des apporteurs d’affaires qui leur amèneraient des nouveaux clients. Pour calmer le jeu, le leader, Edenred (Ticket Restaurant) , a décidé d’offrir les commissions jusqu’en juin. Quid au-delà ?

Cette mutation technologique ouvre le marché -estimé à 5,5 milliards d’euros- à des nouveaux venus. Les quatre grands acteurs du système, Edenred, Sodexo (Chèque Restaurant), Chèque Déjeuner et Natixis (Chèque de Table) vont devoir faire de la place à deux nouveaux venus : Moneo Resto qui s’appuie sur Mastercard et surtout Resto Flash.

carte_ticket_resto

Resto Flash promeut un paiement au smartphone. Il aurait déjà convaincu 1000 établissements sur Paris avec des arguments percutants. A commencer par le taux de commission de 1,75%, près de deux fois inférieur à la carte à puce des acteurs historiques. La start-up, qui a déposé son brevet en 2011, vante également la praticité de son procédé, il suffit de passer son mobile devant un lecteur de QR code. Dans sa version 2.0 le patron n’a besoin que de son smartphone pour encaisser son client. Mais Resto Flash dispose-t-il de la force commerciale adéquate pour convaincre les entreprises de passer à son système ?

carte_apetizLa bien nommée carte « Apetiz ». Pas sûr qu’elle mette autant en appétit le restaurateur ou son client que son promoteur, Natixis ..

Le petit noir payé à coup de smartphone signe-t-il la fin du « black » au bistro ?

Alors les titres dématérialisés, carte à puce ou smartphone, vont-ils se multiplier au bistrot ? Dans les affaires traditionnelles, beaucoup freinent des quatre fers. «On a toujours le droit de refuser. Souvent un titre-resto, c’est un plat du jour et une carafe d’eau, mais comme de nombreux cliens viennent en groupe, on est bien obligé de prendre tout le monde, ceux qui payent en liquide, en chèque ou en ticket-resto »explique un patron. Un membre du Synhorcat souligne que les premiers touchés par la généralisation du système risquent d’être les serveurs. Car le système permet de payer le prix exact.. il n’y a plus à ajouter l’appoint en monnaie au « ticket-resto » papier…Une occasion de moins d’avoir le réflexe pourboire.

Mais sans l’avouer ouvertement, beaucoup d’indépendants craignent que la diffusion de ces nouvelles technologies de paiement ne portent un coup de grâce au « black» du bistro. Le petit noir payé avec son smartphone, c’est pratique pour le consommateur. Mais pour certains patrons, c’est la fin du « chocolat », ce cash qui améliorait l’ordinaire et qui poussait certains à payer en liquide quelques paquets de cafés pour éviter toute trace. Avec Bercy plus que jamais à l’affût, ces nouveaux systèmes pourraient bien également simplifier la tâche du fisc. Car ils vont générer des informations stratégiques pour les banquiers comme pour les entreprises. Sur les pratiques des salariés comme sur celles des clients des restaurants. Et on imagine bien que ces informations seront traitées pour générer des nouveaux services de localisation, de promotion, de pub alliant personnalisation et géolocalisation. Ce serait alors une double mort. Celle de la fin de la coupelle retournée…et celle de l’anonymat au bistrot.

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