Frères Blanc, « restaurateur patriote » digital

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En déployant une offensive digitale tous azimuts, le groupe Frères Blanc veut prendre les devants. Pour Pascal Brun, président du Directoire, cela ne fait aucun doute : ce qui s’est passé dans l’hôtellerie avec les mégas-sites qui représentent 40% des réservations se reproduira dans la restauration dans les cinq prochaines années. Pas question pour lui de voir ses marges siphonnées par des commissions de plus en plus lourdes. D’ores et déjà, Frères Blanc n’entend pas passer sous les fourches caudines de « La Fourchette » et consorts. « Nous faisons nous-mêmes notre optimisation. Quand le restaurant est plein on décroche les formules de la rue » explique Pascal Brun.

Rien ne manque à la panoplie digitale du groupe de brasseries (Procope, Lorraine, etc.) mise en place par Céline Mazars, responsable du marketing digital. Ni le blog, ni les comptes Facebook ou tweeter, ni les sites, ni les happenings avec la « blogosphère ». La plupart des messages envoyés reçoivent des réponses. A fortiori, ceux des mécontents. « Un client qui se plaint est un client qui n’est pas perdu » assène Pascal Brun.

Un blog baptisé «Itinéraire Gourmand» fait notamment des zooms sur les fournisseurs comme la fromagère Marie Quatrehomme. Cette politique digitale d’image vise également à faire passer le message de «restaurateur patriote» pour reprendre la formule de Pascal Brun.
On sait que depuis quelques mois, l’homme s’emploie à gommer l’image passée d’une chaîne de brasseries tenues par des financiers pour revenir aux fondamentaux. Ainsi six affaires du groupe affichent déjà le label de Maître-Restaurateur. Et ce patriotisme culinaire passe par le recours à des produits ou des AOC françaises, la salers pour le bœuf, le cochon du cantal etc. Idem pour les vins. Pas de flacons australiens ou sud-africains mais un retour aux grands vins français qui sont la marque de belles adresses.
Ce choix de la qualité a conduit à des augmentations des prix sur les cartes. C’est d’ailleurs l’un des motifs récurrents des plaintes sur internet. D’ailleurs le patron du groupe ne cache pas que cette hausse a fait chuter la fréquentation dans ses établissements.

coq-vin procopeAlors Pascal Brun qui explique travailler sur les quinze prochaines années avec le soutien de ses actionnaires entend bien faire revenir les clients dans ses restaurants grâce à cette politique d’image. Sacré défi. Les « sociaunautes » sont jeunes (moins de 35 ans). Or, pour l’instant le bon pouvoir d’achat, cible de brasseries comme Procope ou le Pied de Cochon, est plutôt du côté des seniors moins familiers des joujoux virtuels. Comment transformer ce million de visites sur les sites des établissements du groupe et ses centaines de «fans» en chiffre d’affaires. Le risque est réel pour le « restaurateur patriote » de tomber dans l’illusion digitale comme ces utilisateurs de Facebook qui malgré leurs milliers d' »amis » se retrouvent désespérément seuls devant leurs écrans. Comment faire comprendre qu’une assiette de coq au vin du Procope vaut toujours mieux que sa photo numérique aussi réussie soit-elle ?

Le circuit court pour ne pas répercuter la future hausse de la TVA sur l’addition ?
Désormais, confie Pascal Brun, Frères Blanc se fournit à la source des produits. Et de citer l’exemple des saint-Jacques qui représentent un volume 40 tonnes pour la saison commandées par les établissements du groupe. L’acheteur Frères Blanc passe directement par les mareyeurs de Dieppe, Trouville ou Port-en-Bessin.« Grâce à cela nous sommes passés de 4,60€ le kg à 3,50€. » explique Pascal Brun pour qui tout le monde a à gagner avec un tel circuit court. Y compris le client ? «Je n’augmenterai pas mes prix au 1er janvier prochain» répond Pascal Brun. Soit même si les 3% de TVA ne compensent pas les 15% d’économie des Saint-Jacques. Mais on ne mange pas que des Saint-Jacques dans les brasseries.

Outre le Procope, Frères Blanc possèce aussi Au Pied de Cochon, Le Grand Café Capucines, L’Alsace, Chez Jenny, La Fermette Marbeuf, Le Petit Zinc, Le Flora Danica, Charlot, Roi des Coquillages, La Lorraine, Le Grand B, Le Sud, Le Copenhague. Plus une affaire au Luxembourg plus une à la Rochelle. Le patron de Frères Blanc a annoncé l’ouverture en mai prochain d’un Pied de Cochon à Pékin. L’accord de franchise a été signé avec un milliardaire local. Mais pas de porc chinois, le cochon sera d’origine française. Et les huîtres signées Gillardeau prendront l’avion chaque semaine.

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