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CULTURE BISTRO
>> Histoire des Comptoirs
Après-Guerre
: la gloire de Saint-Germain-des-Près
Une campagne de pub mondiale pour
le prix d’un café.
Le temps de la folie Montparnasse,
des déclamations et des chahuts surréalistes,
des poètes fous et des artistes torturés est
révolu. La Libération voit le Tout Paris se
déplacer vers Saint-Germain des Près. L’immédiat
après-guerre marque l’âge d’or du
quartier, une gloire dont les feux brillent encore aujourd’hui.
Même s’il y a belle lurette que les penseurs ont
déserté les cafés germanopratins remplacés
par des vedettes de la TV et du show-biz.
Le jour en terrasse ou en salle du Flore, on évoque
l’avenir radieux de la classe ouvrière et la
fin de la société bourgeoise devant des tasses
de cafés bien vite vidées. Ironique clin d’œil
de l’histoire, puisque c’est dans ce même
café que trente ans plus tôt Charles Mauras et
ses amis avaient fondé le journal de l’Action
Française.
Pendant que les idées volent vers des utopies –dont
certaines se révèleront dévastatrices
par exemple au Cambodge- les trois bougnats germanopratins
– Marcellin Cazes de Lipp, Paul Boubal patron du Flore
et René Mathivat des Deux Magots, encaissent les dividendes
de la vague existentialiste. Comme d’autres de leurs
homologues, ils ont eu l’intelligence de comprendre
le potentiel d’attraction de ces intellectuels engagés.
Certes, leurs affaires étaient connues et courues avant-guerre.
A preuve le prix Cazes de Lipp créé dans les
années trente.
Le Flore et la philosophie de l’existence.
Sous l’Occupation, le Flore est le bureau de Sartre
et de Beauvoir, “il y faisait chaud “confiera
celle qu’il appelle le Castor et qui cherchait désespérément
la place la plus proche du gros poêle à charbon.
Le jour, il écrit l’Etre et le Néant seul
devant sa table, tandis qu’elle travaille à son
Invitée à l’autre bout de la salle. Le
soir, des amis les rejoignent, Mouloudji ou l’inoubliable
Robert Desnos. Lui aussi sur les banquettes du Flore, mûrit
peut-être les premières strophes de son Maréchal
Ducono :
Maréchal Ducono se page avec méfiance,
Il rêve à la rebiffe et il crie au charron
Car il se sent déja loquedu et marron
Pour avoir arnaqué le populo de France.
Arrêté pour résistance en février
1944, il meurt en déportation. Il encore Prévert
ou Yves Allégret, et bien d’autres.
« Tous
ces gens faisaient un monde clos. L’étranger
n’était guère admis et pas du tout
aimé.
Lorsqu’une porte s’ouvrait, chacun levait la
tête
pour voir qui entrait, mais on ne saluait jamais. On était
par tables de 10,12, et le nouvel arrivant allait discrètement
se glisser à l’une de ces tables. Il ne disait
pas bonjour et, quand cela lui chantait, se mêlait
tut bonnement à la conversation.» écrivait
Sartre à propos du Flore*. (*Café de Flore,
Christophe Boubal, l’Esprit d’un siècle.
Lanore Litteratures.)
Mais c’est vraiment en 1945
avec l’existentialisme que ce Flore va devenir l’épicentre
du mouvement de pensée de cet après-guerre.
Un mouvement qui se veut lucide et n’épargne
pas les angoisses, mais qui tend en principe à faire
mesurer à chacune sa responsabilité. De fait,
beaucoup interprètent l’existentialisme comme
une invitation à jouir de l’instant, pourquoi
pas en faisant la fête si l’on peut au Tabou avec
Vian et Greco.
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Saint-Germain des Près a toujours
eu ses clercs, ses penseurs et ses poètes. C’est même
son trait dominant. Dès la Belle Epoque, ses cafés
et brasseries, Lipp ou le Flore étaient fréquentés
par des poètes et écrivains. Daudet, et surtout Apollinaire
qui après sa blessure au crâne en 1916 retourne au
Flore, suivi d’une cour de jeunes admirateurs comme ce jeune
André Malraux.
Prévert et Queneau prendront le relais durant les années
trente, qui a choisi le Flore par pur esprit de contradiction puisqu’il
est le lauréat du prix des Deux Magots. Et puis Lipp, sous
la dynamique poigne de Marcellin Cazes
Il y a peut-être aussi inconsciemment un rejet du nihilisme
et de la vacuité frivole du Montparnasse des Années
Folles. Le germe du succès a pris durant l’Occupation.
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