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CULTURE BISTRO
>> Histoire des Comptoirs
Les Montparnos prennent
la relève !
L’invasion touristique sur Montmartre
dans les années 1900 et la hausse des prix qui s’en
suit poussent les artistes à passer du Nord au Sud.
La prolongation de la ligne 12 à Pigalle en 1911 leur
permet de rallier sans difficulté ce nouveau quartier
Vavin si prometteur. Et si l'impressionnisme appartient à
Montmartre, le cubisme né sur les pentes de la butte
va symboliser l'envol de Montparnasse. "Les Soirées
de Paris d'Apollinaire" marquent cette époque.
Comment décrire la folie
Montparnasse d’avant et d’après-guerre
de 14 ? Cette nuée cosmopolite d’artistes, de
poètes, d’exilés ou de révolutionnaires
qui s’y précipitent.
Là, le monde se refait sur les guéridons de bistros
entre deux absinthe. Là surgit ce tourbillon entre cubisme
et surréalisme qui rallie les artistes et toutes les
avant-gardes de la planète, où l’on parle
toutes les langues, où l’on teste tout, des vers
absurdes ou des formes improbables ou des photos retouchées comme
celles de Man Ray. Où les fauchés frayent avec
les plus fortunés. Léon Paul Fargue, auteur
du Piéton de Paris, parlait à propos de cet
engouement pour Montparnasse d’un «marché
noir des idées».

La « Ruche », créée en 1902, par
le sculpteur Alfred Boucher héberge les artistes bohèmes
dans l’ancien pavillon des vins de l’exposition
universelle de 1900 remonté là par les ouvriers
d’Eiffel. La Ruche reçoit des artistes de toute
l’Europe. A commencer par les artistes d’Europe
Centrale ou balkanique tels que Chagall ou Brancusi arrivé
à pied de sa Roumanie. Comme d’autres, il a son
atelier boulevard du Montparnasse. On y croise également
Léger ou Modigliani.
Dans le quartier, les hommes de lettres ne sont pas les moins
nombreux avec Apollinaire, Blaise Cendrars, Max Jacob ou
Paul Fort qui se réunissent à la Closerie des Lilas.
Ce dernier créé les Soirées de Paris,
au grand dam du patron de l'époque qui voit d'un sale
œil ces poètes tandis qu'à la Rotonde,
Modigliani rencontre Jeanne Hébuterne. Toute cette
bohème paye plus souvent qu’à son tour
ses consommations avec des toiles ou des crobars. C’est
bien pour la déco de l’endroit. Dans ce petit
triangle effilé comme un couteau de boucher la pointe
est constituée par la Closerie
des Lilas, et les bords
ont pour nom : Rotonde, Dôme, Select, et plus tard la
Coupole.
Suite
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Libion,
premier prototype du Patron de Brasserie
Avant Cazes (Lipp) ou Boubal
(Flore), l’Auvergnat Victor Libion, patron de la Rotonde,
est le premier prototype du patron qui rend populaire son
bistro par son talent à sympathiser avec les artistes
et à en faire un endroit recherché pour son
ambiance.
L’idée –valable plus que jamais aujourd’hui
– étant qu’une brasserie qui marche bien
tient aussi par son patron.
Un type qui ne fait pas que servir à boire et offre
une tournée de temps en temps, mais plutôt un
savant dosage d’intelligence et de psychologie du contact,
un type sachant cadrer ses clients tout en leur donnant l’illusion
de la liberté et de l’évasion. Un type
aussi avec du goût et un esprit un peu mécène…même
si c’est un mécénat qui peut rapporter
beaucoup sur le long terme.
Ainsi était Victor Libion dont on rapporte qu’il
était le seul à savoir calmer Modigliani,comme
l'indique Sylvie Buisson dans son article consacré
au Boulevard Montparnasse, dans Paris et ses cafés,
action artistique de la Ville de Paris.
Un copain des artistes fauchés et cosmopolites, pas
simplement focalisé sur le tiroir-caisse, un type capable
de laisser l’artiste dormir sur les tables ou de prendre
le temps de développer sa théorie du cubisme
en terrasse sans lui réclamer de reprendre une consommation.
Le succès de la Rotonde qui a vu défiler Picasso,
Derain. Libion, paya cette liberté cher. En 1918, il
dut vendre la Rotonde après des accusations de trafic
de drogue.
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