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CULTURE BISTRO
>> Histoire des Comptoirs
Drouant : du simple café au
restaurant des Goncourt
En
1880, la même année que les Lipp, également
d'origine alsacienne, Charles Drouant ouvre sur l'autre rive
de la Seine un modeste café à l’emplacement
actuel du restaurant.
Dès son ouverture, l’établissement est
fréquenté par les Daudet, père et fils,
Renoir, Rodin, Pissaro... Ce lieu s’impose très
vite pour l’excellence de ses poissons, de ses huîtres
et de ses fruits de mer.
C'est un groupe d'amis, d'écrivains, de journalistes,
de peintres et de sculpteurs, qui, en choisissant Drouant
pour leur dîner du vendredi, lui ouvre le chemin de
la célébrité : il s'agit d'Octave Mirbeau,
les frères Rosny, Paul Neveu, Paul et Georges Clémenceau,
Edmond de Goncourt, Monet…
Drouant s'agrandit, et conquit sa renommée
grâce à sa cave (crus blancs en particulier).
Après avoir reçu les journalistes de la "Justice",
le journal de Clémenceau pour des dîners hebdomadaires,
Drouant connaît sa véritable consécration
en 1914, date à partir de laquelle y sera décerné le
plus prestigieux des prix littéraires français,
le Goncourt.
Après avoir siégé au Grand Hôtel, chez
Champeaux, puis au Café de Paris, le 31 octobre 1914, pour
la 1ère fois, le Prix Goncourt est décerné chez
Drouant. Depuis l’Académie Goncourt est restée
fidèle à Drouant.
Le Café est très
vite fréquenté par tous ceux qui aiment sortir
et souper après le spectacle. Mais une grande partie
de sa clientèle provient du monde des affaires et de
la finance, ce qui s'explique bien sûr par la proximité
de la Bourse, du quartier de l'Opéra. Les sièges
des grandes banques – Laffitte, Rothschild, Comptoir
d’Escompte, Crédit de France, Société
Générale – et les sièges des compagnies
d’assurances – la Nationale, l’Urbaine-Vie,
la Séquanaise.
Plus de quatre-vingt années ont passé et tous
les mois, les "Dix Académiciens"
se retrouvent chaque premier mardi du mois à déjeuner
dans le mythique Salon Goncourt, situé au premier étage
du restaurant.
Aujourd'hui, les fauteuils des académiciens se tiennent
donc toujours autour de la table qui leur est réservée,
le nom de chacun étant gravé sur le dos des
fauteuils et sur les couverts… Après le départ
ou le décès de l'un d'entre eux, son successeur
est recruté par cooptation. Le nouvel élu a
alors chez Drouant le couvert de celui qu'il remplace, avec
la fourchette et le couteau en vermeil, gravés aux
noms des détenteurs successifs.
Les salons portent les noms des célèbres habitués
: Ravel, Renaudot, Apollinaire, Rodin et Colette,
Depuis 1990, c'est Louis Grondard qui veille à leur
confort, puisqu'il dirige “Drouant”, après
avoir auparavant exercé ses talents notamment au Jules
Vernes, chez Taillevent et Maxime's.
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Bon à savoir
En 1930, et à la suite de l’Exposition des Arts Décoratifs, Emile
Ruhlmann, « Pape des Arts Déco » rénove
le cadre du Drouant et créé un magnifique escalier
en fer forgé du plus pur « Modern Style » ainsi
que la mosaïque à son pied.
Il créé également un plafond marin, plafond
de motifs représentant coquillages, poissons et crustacés.
Cocteau, habitué du Drouant, aimait dire " c'est le
ciel de la mer ".
“Drouant”
C'est Léon Daudet qui, à la
table des dix académiciens, instaure le service du
blanc de blancs (cuvée Drouant)… toujours en
vigueur aujourd'hui.
On doit l’expression « les Dix » à Jules
Vallès dans un article d'ailleurs hostile à la
fondation de l'Académie.
Il y eut de nombreux gourmets parmi
les académiciens Goncourt, dont Huymans, thuriféraire
du hareng, Léo Larguier, amateur de confiture
d'Apt et de bouillabaisse, Raoul Ponchon
Le testament d'Edmond de Goncourt précisait
que les repas devaient coûter vingt francs
par convive, et les académiciens paient toujours
cette somme, c'est-à-dire vingt centimes...
Le Goncourt, doté de
10 euros, est le plus célèbre des prix littéraires.
Il a été fondé le 21 décembre
1903 par testament de l'historien écrivain Edmond
de Goncourt en mémoire de son frère Jules.
Son but : « encourager la vie confraternelle et matérielle
des hommes de lettres ».
Il récompense un roman français publié dans
l'année et est habituellement proclamé au restaurant
Drouant début novembre.
Bien que le lauréat ne reçoive qu'un chèque
symbolique de 10 euros, ce prix lui assure de vendre au moins 300
000 exemplaires... Parmi les lauréats du Goncourt on trouve
: Marcel Proust pour A l'ombre des jeunes filles en fleurs en 1919,
André Malraux pour La condition humaine en 1933, Simone
de Beauvoir pour Les Mandarins en 1954, Romain Gary pour Les racines
du Ciel en 1956, de retour en 1975 sous le nom d'Emile Ajar pour
La vie devant soi, Patrick Modiano pour Rue des boutiques obscures
en 1978 et Marguerite Duras pour L'amant en 1984.
En 1951, Julien Gracq a refusé cette distinction pour
"Le Rivage des Syrtes". En 1995, pour la première
fois, le Goncourt et le Médicis ont été
attribués à un même roman : "Le testament
français" d'Andreï Makine. |