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Café historique : la Closerie des Lilas, au cœur de la vie intellectuelle et artistique parisienne


Déjà dans la seconde moitié du XIX°, les impressionnistes Claude Monet, Frédéric Bazille, Auguste Renoir commençaient à délaisser Montmartre et ses foules pour venir se ressourcer dans ce coin champêtre. Entourée de lilas, sa terrasse ombragée qui s’étendait jusqu’à la statue du maréchal Ney avait tout pour séduire. Ancienne guinguette, elle avait encore gardé cet aspect champêtre. Placée sur l’axe Paris-Orléans, la Closerie servait également de relais diligence. Le propriétaire louait des chambres aux voyageurs de passage.
Baudelaire, Verlaine, s’y sentaient bien. La rue était à tout le monde et le pernod bien tassé pas cher. Six sous. Le peintre Ingres y amenait ses modèles de l’académie suisse, située non loin de là quai des orfèvres.

le tout Paris littéraire et artistique y court

« Poètes et artistes de tous les pays, unissez-vous ! » L’appel lancé par Paul Fort, le poète des Balades françaises, en 1900 est loin d’être tombé dans l’oreille d’un sourd. Bien au contraire, cet appel va rallier le tout Paris littéraire et artistique. Les hommes de plumes et les artistes du monde entier se retrouvent à La Closerie des Lilas, devenu le quartier général de Paul Fort qui habite à quelques pas de là rue Boissonnade.
Fort de ce succès, Paul Fort avec Jean Moréas décident d’organiser chaque mardi des lectures de poésie. Ses mardis littéraires rassemblent près de 200 personnes. Y assistent Alain-Fournier, Alfred Jarry, Charles-Louis Philippe, Verhaeren, Carco, Laforgue, Maeterlinck, Jammes, Dorgelès, Jacob, Merrill, Apollinaire.

Ce serait d’ailleurs, à lire dans un numéro du Crapouillot, au cours de ces soirées en 1905 que serait né le cubisme. Un jeune poète de retour du service militaire Maurice Raynal y présente Pablo Picasso qui était alors établi à Montmartre. Trois autres poètes présents ce soir-là Apollinaire, Max Jacob et André Salmon prennent avec Maurice Raynal la défense de Pablo Picasso et de ses amis Matisse, Braque et Derain.



Les anecdotes relatives à cette époque ne manquent pas. Elles illustrent bien la fièvre qui s’était emparée autour de ces soirées littéraires très souvent arrosées.
On peut en citer quelques-unes. Comme celle d’Alfred Jarry, qui maniaque du revolver, tirait à blanc dans la direction des glaces de l’établissement. Il aurait déclaré à une jeune femme : « Maintenant que la glace est rompue, causons ! » Ou encore celle de Max Jacob, habitué du Lapin Agile, qui aurait grimpé sur une table et dansé la guigue en récitant un poème satirique.

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Bagarres en tout genre
Dadaïstes contre cubistes
Dans son ouvrage sur Les hauts lieux de la littérature à Paris, Jean-Paul Clébert nous relate qu’un soir de février 1925, une séance tumultueuse opposa les dadaïstes (Tzara, Breton, Soupault, Picabia, Raymond-Dessaignes) aux cubistes dissidents de la section d’or. « L’affrontement devint tel que le patron décida déteindre l’éclairage au gaz et de laisser les protagonistes s’expliquer dans l’ombre ».
L’auteur nous relate aussi une franche bagarre qui eut lieu en 1925 lors d’un banquet organisé par les Nouvelles littéraires en l’honneur du poète surréaliste Saint-Pol Roux. « Au moment d‘un triste colin à la sauce blanche, les insultes fusèrent et la bagarre devint générale. Soupault se pendit au lustre et balança des assiettes. Par provocation, Michel Leiris ouvrit la fenêtre et cria à la foule amassée : « A bas la France ». Lynché par les badauds d’abord puis par les flics ensuite, il se retrouva à l’hôpital. Rachilde accusa Marx Ernst de lui avoir donné un coup de pied dans le ventre…. ».