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CULTURE BISTRO
>> Histoire des Comptoirs
Dans les cabarets des
faubourgs, ouvriers et artisans s'assomment au "vitriol".
Au lendemain de la Commune en
1872, Paris compte près de 11 500 cabarets. Et avec la hausse
du prix vin fabriqué à Bercy du fait des maladies
du vignoble (mildiou, phylloxera), le petit verre d'eau de
vie s'impose dès le petit déjeuner. Ces tord-boyaux
sont distillés dans les cabarets des faubourgs. Ce
vitriol là, c’est le crack de l’époque.
Pas de la prune ou de la poire Williams.
Les
cabaretiers distillent souvent le tout venant, le moins cher,
en une seule fois. Qu’importe si l’on y trouve,
de l'alcool amylique, ou pire l'alcool méthylique,
(qui sert de composant à l’alcool à brûler).
Un coup à devenir aveugle ... Le père Zola a
bien identifié le poison, capable de vous faucher des
belles vies pleines de promesses.

Le rade pour oublier le taudis et le
galetas.
Tout au long du XIXème,
la population ouvrière de Paris vit dans des conditions
effroyables.
Sous le Second Empire, les grands travaux d'Haussmann,ont
percé de part en part des îlots de pauvreté
et des repaires de malandrins, par exemple sur l'île
de la Cité, ou dans les 5ème arrondissement
avec la rue des Ecoles et le boulevard Saint-Germain.
Il en a été de même avec la rue
de Rivoli. Mais les miséreux* n'ont pas disparu, ils
se sont simplement déplacés comme toujours vers
la périphérie de Paris, dans ces nouveaux arrondissements
intégrés dans les années 1860.
Ce sont les anciens faubourgs, à commencer par Belleville
devenu en peu de temps un quartier prolétaire, on s'y entasse
dans ses cabarets et l'on boit pour s'assommer et oublier le cauchemar
quotidien. La Gervaise et son
vilain Coupeau, en font les frais, dans leur quartier de la
Goutte d’Or.
*Dans Paris, histoire d'une Ville, Bernard
Marchand rappelle que les indigents représentaient
près des trois quarts de la population parisienne.
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Michelet
n'était pas tendre avec les cabarets.
« Ils cherchent,
autant qu'ils peuvent, une fausse énergie dans le vin.
En faut-il beaucoup pour être ivre ? Observez au cabaret
même, si vous pouvez surmonter ce dégoût
: vous verrez qu' un homme en état ordinaire, buvant
du vin non frelaté, boirait bien davantage, sans inconvénient.
Mais, pour celui qui ne boit pas de vin tous les jours, qui
sort énervé, affadi par l'atmosphère
de l'atelier, qui ne boit, sous le nom de vin, qu' un misérable
mélange alcoolique, l'ivresse est infaillible. »
Extrait : Le peuple (1846)
Jules Michelet |