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Le prix Cazes de la Brasserie Lipp

En 1934, l’un des clients de Lipp, propose de lancer un prix Cazes. La dotation est de 2500 francs de l’époque, allongés par Marcellin Cazes. Le candidat devait pas avoir plus de quarante ans et n'avoir jamais reçu de prix.


Le prix Cazes créé en 1935, existe toujours. Ce prix est décerné avant chaque salon du livre de Paris, qui se tient fin mars.


Prix Cazes Brasserie Lipp

- 2010 Christian Giudicelli Square de la Couronne
- 2009 Françoise Wagener Je suis née inconsolable : Louise de Vilmorin (1902-1969) (Albin Michel)
- 2008 Claude Delay Giacometti Alberto et Diego : L'histoire cachée (Fayard)
- 2007 Richard Millet Dévorations (Gallimard)
- 2006 Emmanuelle Loyer Paris à New York : Intellectuels et artistes français en exil (1940-1947) (Grasset)
- 2005 Françoise Hamel "Fille de France" (Plon)
- 2004 Béatrice Commengé "Et il ne pleut jamais, naturellement" (Gallimard)
- 2004 Georges Suffert "Le Pape et l'Empereur" (de Fallois)
- 2003 Jean-Claude Lamy Mar Orlan, "l'aventurier immobile" (Albin Michel)

 

 

 

 

 

 


"L'Aveyron, y en a qu'une ! "

Quand Marcellin Cazes organisait des voyages de presse en Aveyron

Pierre Dumayet, dont le nom est associé aux grandes émissions de l'ORTF comme "Lectures pour tous" et "Cinq colonnes à la Une " raconte comment il participa à un voyage de presse organisé par Marcellin Cazes dans son Aveyron natal. Le patron de Lipp, la brasserie du tout Paris politique de l'époque, avait organisé ce périple médiatico-mondain pour fêter les 20 ans du prix littéraire "Prix Cazes". Morceau choisi.


“Presque tout le monde sait qu'il y a boulevard Saint-Germain une brasserie célèbre nommée Lipp. En ce temps-là, les propriétaires de Lipp étaient M. et Mme Marcellin Cazes. Vingt ans plus tôt, Marcelin Cazes avait eu l'idée de fonder un prix littéraire qu'on appela le "Prix Cazes ".

Il était donc normal, en 1949, de fêter le vingtième anniversaire de ce prix non conformiste qui, souvent, couronna de bons livres. M. et Mme Cazes étant de l'Aveyron, l'idée leur vint de faire visiter le pays aux membres du jury et à une vingtaine de jeunes journalistes.

La tournée dura une semaine. A six heures du matin, le car plein partit. Premier arrêt : Pouilly-sur-Loire : c'est l'idée du vin blanc qui avait dicté l'itinéraire. Le doyen du jury était le poète André Salmon, dont Picasso fit, en 1907, plusieurs portraits auxquels l'André Salmon de 1949 ressemblait étonnamment.

Picasso, en 1907, avait deviné ce que deviendrait le visage de Salmon, une quarantaine d'années plus tard. Je dois avouer qu'en 49 je ne connaissais pas ces portraits; mais quand je les ai découverts, en 90, au musée Picasso, j'ai pu constater que mon souvenir de Salmon était vivifié par la peinture.
Deux autres membres du jury - bien plus jeunes qu'André Salmon -, Jean Follain et Maurice Fombeure, étaient assis dans ce car qui allait vers l'Aveyron.

Aujourd'hui, ces deux poètes sont (peut - être) moins lus qu'hier. Qu'importe : ils le seront à nouveau demain par des gens jeunes qui voudront savoir ce qui se passait du côté de la poésie dans les années quarante - cinquante. Bien sûr, dans ces années - là, il y avait Prévert ; mais Prévert connaissait Fombeure et Follain. Il ne faut pas se contenter de citer les têtes d'affiche. D'ailleurs, Prévert n'était pas une tête d'affiche. Il est devenu sans l'avoir voulu, comme il arrive d'être élu sans s'être présenté. Le succès de Prévert n'enlève rien à Follain. Rien à Fombeure.
Un peu plus tard, au son des tambours qui nous accueillent, nous devinons que nous sommes arrivés à Laguiole (photo-ci-contre) , le pays natal.
André Salmon fit un discours si brillant que M. Cazes, tout ému, trouva une seule phrase pour lui répondre : " L'Aveyron, y a en a qu'une ".

Extrait de Pierre Dumayet "Autobiographie d'un lecteur", Le Livre de Poche.