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CULTURE BISTRO
>> Cafés et belles
lettres
Le café des aveugles par Gérard
de Nerval
Café Véry, café Foy,
café
du Caveau, café des Mille Colonnes, café des
Aveugles… De nombreux cafés tripots et restaurants
fleurissent sous les arcades du Palais-Royal. Voici comment
Gérard de nerval décrit le Café des
Aveugles.
« Mais,
reprit-il, si nous ne craignons pas les tire-laine, nous pouvons
encore jouir des agréments de la soirée; ensuite
nous reviendrons souper, soit à la Pâtisserie
du boulevard Montmartre, soit à la Boulangerie, que
d'autres appellent la boulange, rue Richelieu. Ces établissements
ont la permission de deux heures. Mais on n'y soupe guère à fond.
Ce sont des pâtés, des sandwiches, - une volaille
peut-être, ou quelques assiettes assorties de gâteaux,
que l'on arrose invariablement de madère. Souper de
figurante, ou de pensionnaire... lyrique. Allons plutôt
chez le rôtisseur de la rue Saint-Honoré. »
Il n'était pas encore tard, en effet. Notre désœuvrement
nous faisait paraître les heures longues... En passant au perron
pour traverser le Palais-National, un grand bruit de tambour nous
avertit que le Sauvage continuait ses exercices au café des
Aveugles.
L'orchestre homérique exécutait avec zèle
les accompagnements. La foule était composée d'un
parterre inouï, garnissant les tables, et qui, comme aux
Funambules, vient fidèlement jouir tous les soirs du
même spectacle et du même acteur. Les dilettantes
trouvaient que M. Blondet (le Sauvage) semblait fatigué
et n'avait pas dans son jeu toutes les nuances de la veille.
Je ne pus apprécier cette critique; mais je l'ai trouvé
fort beau. Je crains seulement que ce ne soit aussi un aveugle
et qu'il n'ait des yeux d'émail.
Pourquoi des aveugles, direz-vous, dans ce seul café, qui
est un caveau ? C'est que, vers la fondation, qui remonte à l'époque
révolutionnaire, il se passait là des choses qui eussent
révolté la pudeur d'un orchestre. Aujourd'hui tout
est calme et décent. Et même la galerie sombre du caveau
est placée sous l'œil vigilant d'un sergent de ville.
Le spectacle éternel de l'Homme à la poupée
nous fit fuir, parce que nous le connaissions déjà.
Du reste, cet homme imite parfaitement le français-belge".
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