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CULTURE BISTRO
>> Cafés et belles
lettres
Gérard de Nerval et les cafés
parisiens
Les
Nuits d'octobre de Gérard
de Nerval paraissent en plusieurs livraisons dans «
L'Illustration », d'octobre à novembre 1852.
Proche de l'inspiration de Rétif de la Bretonne, dont
il admirait Les Nuits de Paris, Nerval profite d'une évocation
pittoresque de promenades autour de la capitale pour gentiment
mettre en cause le réalisme. Gérard de Nerval
infatigable promeneur dans Paris nous décrit le monde
des cafés. Des cafés qu’il affectionne
particulièrement. Tous ses contemporains l’y
croisent. Jean-Paul Clébert dans ses « Hauts
lieux de la littérature à Paris » nous
indique que « Gérard de Nerval s’installait
à la terrasse d’un café à la mode,
tirer de ses poches une petite bouteille d’encre, des
plumes, des bouchons de papiers couvert de note (…).
Il s’installait à une table isolée et
se mettait à écrire. Mais dès qu’un
ami surgissait et lui adressait la parole, il pliait bagage
et se sauvait ». Sous l'apparente insignifiance des
anecdotes, on découvre une certaine vision des cafés
par celui qui fréquentait les cafés jusqu’à
ce que s’éteignent les becs de gaz. Et vaquait
de l’un à l’autre jusqu’à
ce qu’on le mette à la porte.
i LE RÉALISME
« Je redescends la rue Hauteville. Je rencontre un flâneur que je
n'aurais pas reconnu si je n'eusse été désœuvré,
- et qui, après les premiers mots sur la pluie et le beau temps, se met à ouvrir
une discussion touchant un point de philosophie. Au milieu de mes arguments en
réplique, je manque l'omnibus de trois heures. - C'était sur le
boulevard de Montmartre que cela se passait. Le plus simple était d'aller
prendre un verre d'absinthe au café Vachette et de dîner
ensuite tranquillement chez Désiré et Baurain ».
IV. CAUSERIE
- Puisque nous sommes anuités, dit mon ami, si tu n'as pas
sommeil, nous irons souper quelque part. - La Maison d'Or,
c'est bien mal composé : des lorettes, des quarts d'agent
de change, et les débris de la jeunesse dorée. Aujourd'hui,
tout le monde a quarante ans, - ils en ont soixante. Cherchons
encore la jeunesse non dorée. Rien ne me blesse comme les
mœurs d'un jeune homme dans un homme âgé, à moins
qu'il ne soit Brancas ou Saint-Cricq. Tu n'as jamais connu Saint-Cricq
?
- Au contraire.
- C'est lui qui se faisait de si belles salades au
café Anglais, entremêlées de
tasses de chocolat. Quelquefois, par distraction, il mêlait
le chocolat avec la salade, cela n'offensait personne. Eh
bien, les viveurs sérieux, les gens ruinés qui
voulaient se refaire avec des places, les diplomates en herbe,
les sous-préfets en expectative, les directeurs de
théâtre ou de n'importe quoi - futurs - avaient
mis ce pauvre Saint-Cricq en interdit. Mis au ban, comme nous
disions jadis, Saint-Cricq s'en vengea d'une manière
bien spirituelle. On lui avait refusé la porte du café
Anglais; visage de bois partout. Il délibéra
en lui-même pour savoir s'il n'attaquerait pas la porte
avec des rossignols ou à grands coups de pavé.
Une réflexion l'arrêta : « Pas d'effraction,
pas de dégradation; il vaut mieux aller trouver mon
ami le préfet de police. »
Il prend un fiacre et rejoint le domicile du préfet Gisquet
qu’il fait réveiller.
« On réveille le préfet, croyant qu'il s'agissait d'un complot
politique. Saint-Cricq avait eu le temps de se calmer. Il redevient posé,
précis, parfait gentilhomme, traite avec aménité le haut
fonctionnaire, lui parle de ses parents, de ses entours, lui raconte des scènes
du grand monde, et s'étonne un peu de ne pouvoir, lui, Saint-Cricq, aller
souper paisiblement dans un café où il a ses habitudes.
Le préfet, fatigué, lui donne quelqu'un pour l'accompagner.
Il retourne au café Anglais, dont l'agent fait ouvrir la
porte; Saint-Cricq triomphant demande ses salades et ses chocolats
ordinaires, et adresse à ses ennemis cette objurgation :
« Je suis ici par la volonté de mon père et de M. le préfet,
etc., et je n'en sortirai », etc.
- Ton histoire est jolie, dis-je à mon ami, mais je la connaissais,
et je ne l'ai écoutée que pour l'entendre raconter
par toi. Nous savons toutes les facéties de ce bonhomme,
ses grandeurs et sa décadence, - ses quarante fiacres, son
amitié pour Harel et ses procès avec la Comédie-Française,
en raison de ce qu'il admirait trop hautement Molière. Il
traitait les ministres d'alors de polichinelles. Il osa s'adresser
plus haut... Le monde ne pouvait supporter de telles excentricités.
- Soyons gais, mais convenables. Ceci est la parole du sage. »
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