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CULTURE BISTRO
>> Cafés et belles
lettres
Traité du café par Balzac
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BALZAC, Honoré (1799-1850) : Traité
des excitants modernes, (1838).
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Vous tous, illustres chandelles humaines,
qui vous consumez par la tête, approchez et écoutez
l'Evangile de la veille et du travail intellectuel.
1° Le café concassé à la turque a
plus de saveur que le café moulu dans un moulin.
Dans beaucoup de choses mécaniques relatives à
l'exploitation des jouissances, les Orientaux l'emportent
de beaucoup sur les Européens : leur génie,
observateur à la manière des crapauds, qui demeurent
des années entières dans leurs trous en tenant
leurs yeux d'or ouverts sur la nature comme deux soleils,
leur a révélé par le fait ce que la science
nous démontre par l'analyse. Le principe délétère
du café est le tannin, substance maligne que les chimistes
n'ont pas encore assez étudiée. Quand les membranes
de l'estomac sont tannées ou quand l'action du tannin
particulier au café les a hébétées
par un usage trop fréquent, elles se refusent aux contractions
violentes que les travailleurs recherchent. De là,
des désordres graves si l'amateur continue. Il y a
un homme à Londres que l'usage immodéré
du café a tordu comme ces vieux goutteux noués.
J'ai connu un graveur de Paris qui a été cinq
ans à se guérir de l'état où l'avait
mis son amour pour le café. Enfin, dernièrement,
un artiste, Chenavard, est mort brûlé. Il entrait
dans un café comme un ouvrier entre au cabaret, à
tout moment. Les amateurs procèdent comme dans toutes
les passions ; ils vont d'un degré à l'autre,
et, comme chez Nicolet, de plus en plus fort jusqu'à
l'abus. En concassant le café, vous le pulvérisez
en molécules de formes bizarres que retiennent le tannin
et dégagent seulement l'arome. Voilà pourquoi
les Italiens, les Vénitiens, les Grecs et les Turcs
peuvent boire incessamment sans danger, du café que
les Français traitent de cafiot, mot de mépris.
Voltaire prenait de ce café-là.
Retenez donc ceci. Le
café a deux éléments : l'un, la matière
extractive, que l'eau chaude ou froide dissout, et dissout
vite, lequel est le conducteur de l'arome ; l'autre, qui est
le tannin, résiste davantage à l'eau, et n'abandonne
le tissu aréolaire qu'avec lenteur et peine. D'où
cet axiome :
V
LAISSER L'EAU BOUILLANTE, SURTOUT LONGTEMPS, EN CONTACT AVEC
LE CAFE, EST UNE HERESIE ; LE PREPARER AVEC DE L'EAU DE MARC,
C'EST SOUMETTRE SON ESTOMAC ET SES ORGANES AU TANNAGE.
2° En supposant
le café traité par l'immortelle cafetière
à la de Belloy et non pas du Belloy (celui aux méditations
de qui nous devons cette méthode étant le cousin
du cardinal, et, comme lui, de la famille très ancienne
et très illustre des marquis de Belloy), le café
a plus de vertu par l'infusion à froid que par l'infusion
d'eau bouillante ; ce qui est une seconde manière de
graduer ses effets.
En moulant le café, vous dégagez à la
fois l'arome et le tannin, vous flattez le goût et vous
stimulez les plexus, qui réagissent sur les mille capsules
du cerveau.
Ainsi, voici deux degrés : le café concassé
à la turque, le café moulu.
3° De la quantité de café mis dans le récipient
supérieur, du plus ou moins d'eau, dépend la
force du café ; ce qui constitue la troisième
manière de traiter le café.
Ainsi, pendant un temps plus ou moins long, une ou deux semaines
au plus, vous pouvez obtenir l'excitation avec une, puis deux
tasses de café concassé d'une abondance graduée,
infusé à l'eau bouillante.
Pendant une semaine, par l'infusion à froid, par la
mouture du café, par le foulage de la poudre et par
la diminution de l'eau, vous obtenez encore la même
dose de force cérébrale.
Quand vous avez atteint le plus grand foulage et le moins
d'eau possible, vous doublez la dose en prenant deux tasses
; puis quelques tempéraments vigoureux arrivent à
trois tasses. On peut encore aller ainsi quelques jours de
plus."
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