Bistro
: La bonne fortune d'un mot fourre-tout à la consécration internationale
Bistro, bistrouille, bistroquet, troquet, mastroquet… Vient-il
du Poitou, de Bresse, de Franche-Comté ou
du Nord ? Ce qui est sûr c’est que le mot bistro
puise ses origines dans les terroirs de France et non dans
les plaines d'Ukraine...
On retrouve souvent un petit bouge sombre et enfumé avec
un dénominateur commun, celui de s’y faire servir
et d’y boire du vin... plutôt mauvais.
Mais l’ambiguïté du terme n’est pas simplement étymologique.
Elle est dans son sens présent. Chacun a son idée du bistro. Même si à l’heure où Nicolas
Sarkozy emmène les syndicats étudiants dans
les bistros de chef, le terme, autrefois marqué socialement,
semble être en train de virer de bord passant
du prolo au chic bobo. Le bistrot de la Mère Tatzi de
Pierre Perret ou celui des copains de Brassens n’est
pas celui des chefs “bistronomes”. Bref, l’ambiguïté est
de règle au point de transformer le bistro de Paris
en auberge espagnole...
Bernard Pivot : La bonne fortune
du mot bistro.
A l’occasion du Marathon des Leveurs de Coude de
2007, nous avons demandé à Bernard Pivot ce que le mot Bistro évoquait pour lui .
«Le fait que chacun voit dans le bistro ce qu’il veut illustre la
bonne fortune du mot bistro. Pour moi, le bistro n’est pas le lieu de la gastronomie,
c’est un endroit populaire comme il en existe à Lyon,
où l’on mange des plats canaille, des plats du
terroir.»
Chassons les Cosaques, exit Tarass
Boulba au comptoir ! Il est des légendes qui ont la vie dure. Surtout lorsqu’elles
sont aussi spectaculaires que vraisemblables. Ainsi nombreux
soutiennent mordicus que le mot bistro trouve son origine
dans le terme russe byistro qui signifie “vite“.
On imagine volontiers les Cosaques occupant Paris en 1815 après
Waterloo et lançant aux tenanciers parisiens “biystro,
bystro“, pour se faire servir fissa à l’abri
des regards de leurs officiers…Seulement voilà,
on n’a jamais vu un mot mettre un demi-siècle
ans à intégrer le langage courant entre
le moment où il apparaît et le moment où il
est généralisé. En effet, le mot bistro
ou bistrot n’est attesté dans le langage courant qu’à partir
de 1884.
Une odeur de Poitou ou de bistouille
cht’i. L’origine obscure du mot demeure. Le Robert pointe
le terme poitevin “bistraud“ désignant
un 'petit domestique', celui du marchand de vin avant de
désigner le marchand de vin lui-même puis sont
endroit.
L’étymologiste Pierre Guiraud voit l’origine
du mot bistrot dans le bistouille (par la variation. attestée
bistrouille et un verbe bistrouiller. ) Un bistouille
est un cabaret, un bastringue, un lieu où l’on
fabrique et l’on boit du mauvais vin. Evidemment, c’était
autrefois, aujourd’hui, aucun bistrot digne de ce nom
ne s’aventurerait à servir du mauvais vin. En
tout cas, il y a toujours du vin au bistro.
Alors bistro, Kezaco ? Ce cher Robert évoque quant à lui un café généralement
petit et modeste. Nos immortels, un débit de boisson,
un estaminet, un restaurant populaire…Aïe, aïe,
! ils feraient bien de sortir de leur coupole du quai
Conti pour confronter leur définition avec le réel. Car
un bistro populaire à Paris, c’est aujourd’hui
une perle rare, quand il faut compter un minimum de 20 à 30€,
les smicards de la classe ouvrière ne vont plus déjeuner
au bistro parisien depuis longtemps ou alors pour s’envoyer
un ballon au comptoir.
But bistro is now an international word so when will be launched the Paris Bistro perfume ? Combien d’enseignes “paris
bistro“, “parisian
bistro”, outre atlantique ? "God, it’s so
exciting to have a lunch in a real parisian bistro". Le
bistro a été contaminé par le néo-Chic. Et
le terme a franchi les frontières comme un étendard
du savoir-vivre parisien. Pendant ce temps-là, certains
puristes voient la mort du vrai bistro de Paris et préfèrent désormais parler de troquet pour
désigner le bistro d’en bas ou du quartier.